Journal d’un tire-au-flanc de chercheur (7) : Mercredi, longue journée nonchalante

February 18, 2009 § 1 Comment

Résumé des épisodes précédents

Le gouvernement a amplement raison, les chercheurs sont des glandeurs et ce qui manque pour les rendre plus productifs, c’est de devoir se justifier en permanence pour avoir le droit de faire de la Recherche. Au cours des épisodes précédents, nous avons suivi l’emploi du temps d’un enseignant-chercheur paresseux et, indirectement, de son enseignante-chercheuse fainéante d’épouse.

Nous avons quitté notre anti-héros dans la nuit du mardi au mercredi, loin de son épouse. Nous le retrouvons quelques petites heures plus tard, toujours aussi loin, et prêt à affronter une longue journée de travail glande.

Mercredi 18 février

  • 06h20 – 07h05 (Pause) Lever. Tôt. Fatigué. Loin de mon enseignante-chercheuse-smicarde-précaire-forcément-fainéante d’épouse. Pas chouette.
  • 07h05 – 07h15 (Recherche) Regarder ce qui s’est passé dans le monde de la Recherche depuis la dernière fois. Partir en courant histoire de ne pas louper son bus.
  • 07h15 -08h00 (Pause) Transports en commun.
  • 08h00 – 09h35 (Enseignement) Travaux Dirigés de Programmation Fonctionnelle. Comme j’aime le risque, je confronte mes étudiants à une version alpha de OCaml Batteries Included, logiciel qui est tout de même en bonne partie prévu pour eux et sur lequel je travaille d’arrache-pied depuis février 2008. Maintenant, comme c’est une version alpha, en plus des difficultés habituelles de l’enseignement, il y a des plâtres et des pots cassés à essuyer en direct. Aujourd’hui, on parle de types variants et, incidemment, d’emacs.
  • 09h35 – 12h15 (Enseignement) Cours/Travaux Dirigés de Systèmes de Gestion de Bases de Données. Aujourd’hui, après une séance de positionnement, une séance sur la théorie des bases de données et une séance sur le langage MySQL, mes étudiants de Master se retrouvent pour la première fois confrontés à l’implantation d’une base de données sur ordinateur, à coups de SQL et de Access. Manifestement, la notion de clé primaire et la notion de clé externe ont eu un peu de mal à entrer mais là, je pense que ça commence à venir. Ça tombe bien, parce que c’est mon dernier cours avec ces étudiants. La prochaine fois qu’ils me verront, ce sera pour recevoir leurs notes de projet. Et oui, il faut plus de 4 séances, toutes longues qu’elles soient, pour enseignement les SGBD. Mais il n’y a pas assez d’enseignants pour s’en charger et pas assez d’ordinateurs pour toutes les promotions, alors on fait ce qu’on peut.
  • 12h15 – 12h35 (Enseignement) Répondre aux questions des étudiants, c’est chouette mais ça prend du temps.
  • 12h35 – 12h45 (Recherche) Pendant ce temps-là, par mail, ça débat autour de ma suggestion d’hier. Les exemples et contre-exemples fleurissent. Je pense que si quelqu’un interceptait mails, il y aurait de quoi se poser de sérieuses questions sur notre santé mentale. En même temps, vu le nombre de symboles kabbalistiques qui apparaissent dans nos formules, il y aurait peut-être aussi de quoi appeler un exorciste.
  • 12h45 – 13h15 (Pause) L’un dans l’autre, il me reste une demi-heure pour aller manger. À l’aise.
  • 13h15 – 16h15 (Enseignement) Aujourd’hui, nous parlons de surjections, d’injections, de bijections et de cardinalités. Oui, à mes souhaits, je sais. Les étudiants sont un peu endormis, cet après-midi mais je n’arrive pas à savoir pourquoi. Peut-être qu’ils sont juste fatigués. Allez courage, les vacances, c’est dans deux semaines. Et demain, vous avez une AG pour vous remettre d’aplomb.
  • 16h15 – 16h30 (Pause déprimogène) Parler avec les administratifs précaires de la fac, il n’y a que ça pour remonter le moral. C’est eux les premiers à se faire virer et il n’y a pas un mot à leur sujet dans les médias.
  • 16h30 – 17h30 (Pause) Rentrer.
  • 17h30 – 18h00 (Pause déprimogène) Téléphoner à épouse toujours aussi distante de 250 km. Parler, se remonter mutuellement le moral, s’inquiéter pour certains étudiants, rire des dernières bêtises du gouvernement, classique quoi. Déprimogène mais habituel.
  • 18h00 – 19h00 (Recherche) Mon train ne part qu’à 19h30, j’ai le temps de faire avancer la conversation sur la surcharge.
  • 19h00 – 19h40 (Pause) Ah non, mon train ne part qu’à 20h. En fait, j’ai raté mon train. Ben oui, rédiger une réponse à des chercheurs, à coups de contre-exemples et de contre-contre-exemples, c’est pas  rapide. Qu’est-ce que ça serait si je n’étais pas un tel glandeur.
  • 19h40 – 22h50 (Défense et illustration) D’habitude, en attendant le train ou dans le train, je travaille. Je lis des articles, je prends des notes, je programme. Mais aujourd’hui, ça va être un peu différent. Le bon point, quand on attend le train, c’est qu’on n’est souvent pas le seul. Et puis une fois qu’on est dans le train, c’est pareil. Puis dans le bus. Me voici donc à expliquer le fonctionnement de l’université, de la recherche et des réformes à un agriculteur, puis à un étudiant en BTS, à un étudiant en Master 2, à un membre du personnel administratif du CNRS, à une étudiante japonaise (c’est elle qui m’a demandé, hein) puis à une personne sur laquelle je n’ai aucune information mais qui compte manifestement chercher des détails sur Internet. Personne en question, si vous me lisez, je vous rappelle que le terme à chercher est “mastérisation des concours.”
  • 22h50 – 23h10 (Pause) Une fois rentré à la maison, j’ai bien le droit de passer quelques minutes avec mon épouse.
  • 23h10 – 0h10 (Recherche) Mon épouse s’est remise à la rédaction de sa thèse de doctorat, pendant que moi, je me suis remis à la rédaction de mon brouillon de système de types avec surcharge.
  • 00h10 – 01h20 (Pause)
  • 01h20 – 01h30 (Enseignement/Recherche) Un peu d’organisation des tâches pour OCaml Batteries Included.
  • 01h30 – ? (Dodo) À demain.

Bilan du mercredi

  • 13h15 de travail (en comptant les heures de travail volées pour expliquer mon travail et avoir le droit de continuer à l’exercer)
  • 5h55 de pause, transports en commun et repas y compris
  • 4h30 de sommeil
  • quelque chose comme 45 minutes consacrées à ce journal.

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