Le logiciel libre

December 10, 2007 § Leave a comment

Je commence ce billet depuis la Journée du Libre à Bourges, assis tranquillement dans l’amphithéâtre, en train d’écouter un exposé fort intéressant. Dans l’assistance, personne ne demande ce qu’est un Logiciel Libre ou à quoi cela peut bien servir. C’est que les orateurs, il faut l’avouer, prêchent à des convertis, certains d’entre eux acteurs du monde du Logiciel Libre.

Lundi dernier, par contre, lorsque j’ai mentionné les Logiciels Libres à mes étudiants, la classe s’est divisée en deux parties : ceux d’entre eux qui n’en avaient jamais entendu parler et ceux qui m’ont répondu sans hésiter que, oui, il s’agissait du “freeware”, c’est-à-dire du logiciel gratuit. J’espère que vous ne m’en voudrez pas si je les corrige par le biais de ce blog.

Un logiciel libre est caractérisé non pas par son coût mais par la liberté — c’est-à-dire par des droits accordés aux utilisateurs.

Le droit d’utiliser le logiciel

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, lorsque vous achetez un logiciel, vous n’avez pas forcément le droit de vous en servir. Vous ne me croyez pas ? Regardez la licence de Windows XP — autorisé uniquement sur ordinateurs à un seul micro-processeur — ou de Windows Server 2003 — que vous n’avez pas le droit d’utiliser comme serveur tant que vous n’avez pas payé une licence supplémentaire par ordinateur client. Regardez la licence de Publisher, qui interdisait à une époque d’utiliser le logiciel pour dire du mal de Microsoft. Regardez la licence de votre logiciel de numérisation, que vous n’avez probablement pas le droit d’utiliser avec un autre scanner. Regardez la licence des polices de caractères fournies avec MacOS 8, qui contiennent certains symboles que vous n’êtes pas autorisés à insérer dans vos documents.

Le Logiciel Libre, par définition, n’a pas ce genre de restrictions.

Le droit d’étudier le logiciel

Quel est le point commun entre World of Warcraft, Windows XP SP2, AOL Instant Messenger version 2005, EDonkey2000 et peut-être Skype ? Tous ces logiciels sont propriétaires, ce qui signifie notamment qu’il est interdit d’étudier le logiciel, sous peine de 3 ans de prison, selon la loi française. Et tous ces logiciels contiennent des modules d’espionnage. En fait, j’exagère un peu, puisque dans le cas de Skype, il s’agit juste d’un soupçon. Des directives ministérielles interdisent son utilisation, juste au cas où, mais la loi française interdit de vérifier. De même, que fait la machine à voter qui est installée dans votre bureau de vote ? Même problème : ni vous ni qui que ce soit n’est autorisé à vérifier si le code est malicieux ou même s’il est bogué.

Au fait, vous utilisez un traitement de texte ? Vous avez des vieux fichiers sauvegardés ? J’espère que ce n’est pas une vieille version de Word, de WordStar, voire de WordPerfect, dont aucun traitement de texte contemporain n’est capable de comprendre les fichiers. Tous ces logiciels sont propriétaires, ce qui signifie aussi que vous n’avez pas non plus le droit d’étudier ces logiciels pour essayer de comprendre comment ont été sauvegardés vos fichiers. Sinon, c’est encore 3 ans de prison.

Le Logiciel Libre, par définition, n’a pas ce genre de restrictions.

Le droit de diffuser le logiciel

Lorsque vous achetez Adobe Photoshop ou Wolfram Mathematica, vous avez droit de vous en servir sur votre ordinateur. Si vous avez plusieurs ordinateurs, à vous de décider sur lequel d’entre eux vous allez l’installer — ou de payer plusieurs fois. Et l’ordinateur de votre mère ? Non, elle devra payer aussi. Pour montrer le logiciel à vos étudiants ? Payez. Pour qu’ils puissent s’en servir chez eux, le temps de faire leurs devoirs ? Payez. Ah, et si, au lieu de Photoshop et Mathematica, il s’agissait d’un livre électronique propriétaire, oubliez la bibliothèque municipale gratuite, il faudra probablement payer une licence par lecteur.

Le Logiciel Libre, par définition, n’a pas non plus ce genre de restrictions. Une fois que vous l’avez acquis, vous pouvez le diffuser à volonté. Notez bien que vous n’êtes pas obligés de le diffuser. En particulier, et cela vous intéressera si vous êtes une entreprise ou si vous avez amélioré un logiciel, vous êtes tout à fait autorisés à le vendre.

Le droit d’améliorer ou de modifier le logiciel

Vous venez de passer sous Windows Vista ou Apple Leopard et de réaliser que l’un de vos vieux logiciels (propriétaires) a arrêté de fonctionner ? Espérons pour vous que l’éditeur du logiciel existe encore, édite de nouvelles versions, n’a pas augmenté ses prix et espérons que les nouvelles versions sont compatibles avec les anciennes. Ah ? Vous êtes une administration et c’est un logiciel que vous avez commandé à une société ? Alors vous n’avez plus qu’à commander une nouvelle version et repayer intégralement. Vous avez repéré un bug ? Vous n’avez plus qu’à espérer que la société décide de le corriger un jour, parce que si vous essayez de le modifier, vous êtes reparti pour 3 ans de prison.

Avec le Logiciel Libre, à l’inverse, vous êtes autorisés à modifier le logiciel. Si, comme la majorité des utilisateurs ou des décideurs informatiques, vous ne vous sentez pas capable de modifier le logiciel, vous pouvez demander à quelqu’un de le faire, quitte à le payer.

Sans en avoir forcément l’air, ce droit est critique pour l’industrie, pour la science et pour la société en général, puisqu’il signifie notamment que, une fois qu’un logiciel a été écrit par un laboratoire, une entreprise ou une administration, le prochain laboratoire, la prochaine entreprise ou administration qui aura besoin d’un logiciel du même genre — éventuellement avec des fonctionnalités supplémentaires — n’aura pas besoin de tout recommencer depuis zéro, avec une nouvelle équipe de développement, des années d’attente et des chèques à la clé.

Le droit de ne pas être considéré comme coupable par défaut

En fait de droit, il s’agit plutôt d’une conséquence de tout ce qui précède. Comme vous êtes autorisés à distribuer et à utiliser le logiciel libre sans restrictions, il n’y a ni loi pour vous empêcher de le faire, ni logiciel espion pour surveiller que vous ne contrevenez pas à la loi, ni loi pour protéger le susdit logiciel espion, ni matériel pour vous empêcher de supprimer le logiciel espion — ceci par opposition à la tendance actuelle du logiciel propriétaire, qu’il s’agisse de systèmes d’exploitations ou de jeux vidéos. De même, vous n’avez pas à vous enregistrer à l’aide d’un mot de passe durant l’installation, puis à vous connecter régulièrement au site de l’éditeur du logiciel pour prouver que vous utilisez un exemplaire licite et que vous ne l’avez pas partagé avec d’autres — ce qui est aussi la tendance actuelle du logiciel propriétaire, à commencer par Windows ou Half-Life 2. Bien entendu, si vous n’arrivez pas à convaincre l’éditeur de votre honnêteté, vous risquez la désactivation du produit — ce qui arrive régulièrement par accidentvoire plus.

Le Logiciel Libre ne vous considère pas comme coupable jusqu’à preuve du contraire.


J’espère que ce petit tour d’horizon vous aura été utile. Dans de prochains billets, je m’intéresserai plus en détail au rôle économique et scientifique du logiciel libre.

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