L’épée est plus rapide que la plume

September 20, 2007 § 5 Comments

Oh, dans le ciel, regardez ! Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non, c’est Liquidator !

Vous ne connaissez pas Liquidator ? Mais si, vous en avez forcément entendu parler. On le voit régulièrement à la télévision, avec ou sans son costume tricolore. Tenez, rien qu’au cours des trois dernières semaines, il a au moins :

  • annoncé la liquidation du collège unique ;
  • annoncé la liquidation des retraites des fonctionnaires ;
  • augmenté le taux d’humiliation des candidats à l’immigration ;
  • annoncé la liquidation de la fonction publique ;
  • lancé la pré-privatisation de l’université — université qui, au premier coup d’œil semble, au regard de la loi, débarrassée des matières aussi futiles que l’Art, l’Histoire, les Lettres ou le Droit ;
  • lancé la pré-privatisation de la SNCF ;
  • lancé la pré-privatisation-complète d’EDF ;
  • décidé, il faut croire, de gérer la ville de Nice à la place de son maire ;
  • sérieusement pris la tête de nos amis germains ;
  • ré-annoncé la liquidation des 35h ;
  • sous-entendu qu’il fallait oublier les congés ;
  • mentionné au passage quelque chose qui ressemble fort à une diminution du SMIC ;
  • liquidé l’équipe de rugby de Namibie ;
  • proposé la liquidation des “avantages” qui servent parfois de dernier lien entre les chômeurs et le reste de la société (transports et cantine des enfants) ;
  • promis aux entreprises la possibilité de licencier plus vite et plus facilement ;
  • assuré que les soins palliatifs liés au cancer ou à la maladie d’Alzheimer ne seraient pas à la charge de la sécurité sociale ;
  • laissé entendre que la collectivité ne prendrait plus en charge les personnes âgées ou handicapées qui ont une famille ;
  • claironné l’introduction de quotas à l’immigration ;

et j’en ai peut-être raté plein…

 

Liquidator, c’est quelqu’un de bien. Quelqu’un de fort. Quelqu’un de courageux. La preuve, c’est lui qui le dit : ses discours sont émaillés de “responsabilité”, de “courage”, de “savoir faire face”, de “jouer carte sur table”. Bien entendu, ses détracteurs, eux, sont visiblement emprunts d'”hypocrisie”, ils ont trop attendu…

Et puis, Liquidator, c’est quelqu’un qui “discute”, qui “négocie”, qui “écoute”. Si, si, il n’arrête pas de le dire. Bon, je n’ai jamais entendu de réponses, mais ça ne l’empêche pas de discuter, hein ? Peut-être bien qu’il discute tout seul, face aux caméras. Peut-être aussi qu’il aligne les annonces trop vite, dans le désordre, par surprise. C’était hier, mais vous vous souvenez encore dans quelles circonstances il a annoncé la liquidation de la fonction publique ? C’était à Nantes, lors d’une visite à l’IRA. C’était avant-hier, mais vous seriez capables de trouver à qui il a mentionné que la Sécu ne prendraient pas en charge les soins palliatifs liés au cancer ? C’était au Sénat, mais à l’occasion du 40ème anniversaire d’une association de journalistes. Du coup, vous savez quoi ?

Alors lorsque Liquidator parle, nous, les 60 millions de Français, nous écoutons. Et puis, une fois que nous avons fini d’écouter, nous nous mettons d’accord sur une ou deux réponses. Vous savez combien de temps il nous faut pour nous mettre d’accord sur une ou deux réponses, à 60 millions de Français ? Certainement plus de 48h. Certainement plus de 15j. Il faut le temps de comprendre ce que Liquidator a dit. Là, j’ai écrit tellement vite que je ne suis même pas certain de la liste des déclarations recopiée un peu plus haut. Et puis il faut le temps de vérifier d’où il tire ses affirmations péremptoires et rarement (jamais ?) argumentées. Il faut le temps d’en parler les uns avec les autres, ou de mettre à jour son blog, ou d’échanger des mails, ou d’écrire des articles dans le journal, ou d’envoyer une lettre au courrier des lecteurs, ou de préparer des tracts. C’est long. Alors c’est difficile de respecter les dates limites fixées par Liquidator — pour finir la discussion complète, parfois deux semaines, parfois trois, jamais plus de quatre. Surtout quand, comme c’est le cas de beaucoup, on a un travail qui nous prend déjà la majeure partie de notre temps d’éveil. Et ça va encore se compliquer une fois que le droit de grève aura, comme promis, été “limité”.

C’est parfois dur, la démocratie.

Mais, qui sait, Liquidator a peut-être une solution.

EDIT: Tiens, j’avais loupé ça. À en croire la dernière intervention de Liquidator, le droit de grève est déjà limité. Il est rapide, ce Liquidator, hein. J’espère que les grévistes ne seront pas licenciés à la vitesse du son eux aussi, comme c’est le cas en Angleterre.

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