Quelques nouvelles du front

April 25, 2009 § Leave a comment

Note : Ce billet est écrit au 83ème jour de la grève des universités. Le gouvernement refuse toujours de négocier et préfère faire passer les réformes en catimini, sous la forme de décrets d’application qui ne correspondent pas aux textes prépubliés, et en les accompagnant de mensonges, d’intimidations administratives et de coups bien réels de matraques. La privatisation à l’italienne du système éducatif est en cours. Pour tous ceux qui ne sont pas d’accord, rendez-vous à Louvain, du 26 au 29 avril et dans les rues de Paris, le 28 avril. De nouvelles pétitions viennent d’être mises en ligne pour dénoncer les réformes et les mensonges du gouvernement.

Il y a quelques jours, François Fillon s’est exprimé sur France Inter, l’évènement est suffisamment rare pour être noté. C’est que Monsieur le Premier Ministre avait bien des choses à dire, en particulier sur la réforme des universités, du primaire et du secondaire publics. Malheureusement, là où l’on aurait pu espérer un brin de sérieux de la part d’un homme politique qui a la réputation de ne jamais parler pour ne rien dire, nous n’avons eu droit qu’à une nouvelle répétition des platitudes de Valérie Pécresse. Mais il faut tout de même saluer le courage de François Fillon, qui n’a pas hésité un seul instant avant de décrire la “concertation” et les mesures qui viennent de passer en décret d’application, “parfaitement conforme[s] aux aspirations des universitaires”. En guise de concertation, rappelons que le gouvernement a de nombreuses fois refusé de rencontrer les représentants syndicaux, les représentants des associations de chercheurs, d’enseignants-chercheurs, de précaires de l’université, etc. Rappelons aussi que seuls deux des 35 représentants syndicaux — ceux de deux syndicats parmi les plus petits — se sont exprimées en faveur des propositions du gouvernement. Rappelons de même que 76 des 83 universités françaises bloquent la réforme du primaire et du secondaire à force de désobéissance civile. Rappelons toujours les 100.000 manifestants, il y a quelques semaines, et la grève des universités, qui entre dans sa 12ème semaine.

Le gouvernement a décidément une définition particulière de “concertation” et d'”aspirations”, et ce d’autant plus que les décrets qui viennent de passer ne sont pas les mêmes que ceux qui avaient été donnés à lire aux universitaires.  Rien de surprenant de la part d’un gouvernement qui appelle “autonomie” une bureaucratie aussi rigide que complexe et qui donne la part belle aux pleins pouvoirs, “faire confiance aux universités” le déluge impressionnant de directives ministérielles qui ne cesse de tomber depuis des mois, “organisme indépendant” une agence dont tous les membres sont nommés par le ministre, etc.

Pour ceux qui ne sont pas encore au courant, quatre décrets d’application et trois arrêtés ont été publiés cette semaine  sans affichage préalable des textes. Parmi les décrets, citons-en deux qui sont au cœur du mouvement de contestation universitaire :

  • le nouveau statut des enseignants-chercheurs, dans un texte qui ne reprend aucune des trois versions préalables présentées par le gouvernement, et qui réintroduit notamment la possibilité d’infliger à tout enseignant-chercheur jusqu’à 1607 heures supplémentaires non-payées, que ce soit pour faire des économies ou pour lui faire payer un engagement politique ou des recherches qui fâchent ;
  • la réforme du statut des doctorants, qui semble notamment supprimer le monitorat et les allocations couplées (il faut que je vérifie plus en détails) et permettre de confier absolument n’importe quelle tâche supplémentaire aux doctorants, en plus de la Recherche.

Au passage, l’État Français vient d’accorder aux établissements appartenant au Vatican la possibilité de délivrer des diplômes, y compris, semble-t-il, les futurs master enseignement qui remplaceront le CAPES, l’Agrégation et le concours de Professeur des Écoles, le tout financé par les deniers publics.

Voici des mois, voire des années, que la communauté universitaire s’élève contre ces réformes mais aussi contre la méthode du gouvernement, qui vote les lois pendant les vacances et sans les annoncer, prépare leur application à coups de statistiques fausses et de contre-vérités, et tente de faire taire la contestation à coups de propagande, d’intimidations administratives et d’interventions policières. À présent, le gouvernement prétend que les universitaires sont pour la plupart d’accord avec ces mesures, depuis la suppression de l’indépendance de la recherche jusqu’à la liquidation du primaire et du secondaire public. Si vous êtes un universitaire et si vous souhaitez prendre la parole pour contester cette soi-disant unanimité, un groupe de cinq pétitions a été ouvert, chacune sur un des points contestés — à toutes signer, donc. En moins de 24h, la première de ces pétitions a récolté près de 700 signatures, à comparer aux 327 signatures récoltées en plus d’un an par la pétition opposée.

Et qui que vous soyez, rendez-vous est pris le 28 avril, dans les rues de France, pour manifester le mécontentement de la société française face à la liquidation de l’enseignement public, de la recherche et de l’hôpital.

Last lecture

April 22, 2009 § 4 Comments

Note: This post is written on the 79th day of strike of Universities. Despite the overwhelming consensus against these bills, the government has just passed the application decrees implementing the possibility of arbitrarily increasing the teaching charge of researchers, without need for any justification. The government obviously fails to see how much this will hurt Research. Simultaneously, the government has announced that, since the reform of primary and secondary schools cannot proceed in compliance with the government’s own decrees, it will simply proceed illegally. Once the shock is gone, expect increased strike actions. Expect Resarch strikes on publications, on patents, on contracts with the government or French companies. Expect difficulties with baccalauréat, exams and degrees.

Where headhunters had failed, the government has finally succeeded. Today was my last lecture.

As the government obviously doesn’t want Researchers to have the means and time to undertake Research, I have accepted a position in the private sector, where I should be able to pursue my work on semantics, security and functional concurrent/distributed programming languages.

While I’m glad to start in a position where I will have both more leeway and both students and engineers to work with me, I am saddened that the situation had to reach the point where I felt I had no choice.

Barring any accident, starting September 1st, you will be able to find me at MLState.

Universités : Ce printemps, la mode est à la grève

April 9, 2009 § 3 Comments

Note Ce billet est écrit au 67ème jour de grève des universités. Le gouvernement refuse toujours de négocier et s’avère de plus en plus violent : dernièrement, on a vu les forces de police charger violemment des étudiants et des enseignants-chercheurs parfaitement pacifiques pour les empêcher de sortir de leur campus et de rejoindre une manifestation. On a aussi vu le gouvernement proclamer le résultat d’un vote universitaire électronique près d’une semaine avant que le vote n’ait lieu. De nouvelles formes de contestation continuent à voir le jour. Attendez-vous à de la musique de rue, à du théâtre de rue, attendez-vous à des cours universitaires dans le métro, à des fausses contre-manifs et à des oraisons en grec. Attendez-vous aussi à des blocages de baccalauréat.

Il y a bientôt deux mois, l’université d’Orléans introduisait une collection peut-être un peu osée pour l’hiver, avec notamment des pancartes, des banderoles et quelques T-Shirts tels que :

Voici maintenant le grand début de la collection printemps :front1back

La ligne est prévue pour être portée tous les jours, dans la rue, dans les transports, dans les gares et peut-être même en cours. Des défilés de mode seront aussi organisés, à raison de un par semaine jusqu’à ce que le gouvernement accepte de négocier.

Vous aussi, vous souhaitez porter ces T-Shirts ? Alors voici tous les fichiers nécessaires pour pouvoir les imprimer. Vous pouvez les considérer étant dans le domaine public.

Les tubes d’avril

April 7, 2009 § Leave a comment

Note Ce billet est écrit au 65ème jour de grève des universités. Le gouvernement refuse toujours toute négociation et préfère les calomnies et les menaces administratives et physiques. Ceci est un appel au gouvernement : pour le moment, le mouvement est tenu par les pacifistes. Plus vous ignorez leurs revendications, plus vous les insultez, plus vous les humiliez, plus ils vont se retirer et céder la place à ceux qui sont prêts à faire ressortir leur frustration d’une manière beaucoup moins contenue que la nôtre. Nous tiendrons jusqu’au bout de nos forces mais il faudrait que vous preniez conscience de ce qui attend les rues de France lorsque vous serez arrivés à tous nous arrêter, nous envoyer à l’hôpital ou tout simplement à l’étranger.

Dans le domaine de la contestation, il y a de nombreuses manières de jouer l’escalade. Il y a ceux qui envoient quelques compagnies de Gendarmes Mobiles, de CRS voire d’agents de la Brigade Anti-Criminalité pour ouvrir le feu sur quelques étudiants en train d’organiser un happening dans un supermarché toulousain avec l’accord du gérant. Et il y a ceux qui préfèrent jouer ça en musique.

LRU, Le Rap Universitaire

Au bout de 65 jours, vous avez fini par oublier pourquoi les universités étaient en grève ? Alors jetez un œil à cette video et vous vous en souviendrez. Vidéo due aux étudiants de Marne La Vallée.

Princess of Clèves — Fac off

Vous aussi, vous trouvez que la Princesse de Clèves n’a pas assez souffert et qu’il faut en plus que notre Bien-Aimé Président de La République la mette à la rue et à l’alcool ? Alors faites ça en musique. Vidéo due aux enseignants-chercheurs de la Sorbonne, si j’ai bien compris.

Princess of Clèves — Paroles, Paroles

Une fois à la rue, que faire de la Princesse de Clèves ? Il faut lui promettre des Rolex, bien entendu, et sur un air de Dalida.

La Sorbonne en musique

Juste un peu de musique ? D’accord, écoutez-ça ici. Profitez-en pour compter le nombre d’agents de police et de gendarmerie qui tournent.

Sans musique cette fois

Si vous avez l’âme d’un latiniste, j’espère que vous avez déjà écouté les Darcolinaires de la Sorbonne.

Pourquoi les université sont (toujours) en grève

April 4, 2009 § 6 Comments

Note Ce billet est écrit au 63ème jour de grève des universités. Le gouvernement refuse toujours de négocier sur les questions de fond, préfère toujours recourir aux tours de passe-passe et aux insultes pour faire passer ses réformes, quand ce n’est pas directement aux coups de matraque.  D’après mes comptes, nous en sommes à 5 contestataires hospitalisés et une quarantaine arrêtés de manière semble-t-il arbitraire par les forces de l’ordre. À l’heure actuelle, le gouvernement joue le pourrissement et compte sur le sens de la responsabilité des enseignants-chercheurs pour arrêter la grève et permettre aux examens, au concours et au baccalauréat de se dérouler correctement. Ne soyez pas certains que cela arrivera.

Il y a pas loin de deux mois, j’écrivais un billet pour expliquer pourquoi les universités étaient en grève. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Le gouvernement a même, à un moment, fait semblant de négocier et de revenir en arrière sur certains des points parmi les plus choquants de ses réformes. Et nous sommes toujours en grève, même si ce n’est pas toujours pour les mêmes raisons qu’en février.

Pourquoi ?

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Le gouvernement décide de ne pas saborder l’Enseignement et la Recherche. Poisson d’avril.

April 1, 2009 § 2 Comments

Note Ce billet est écrit au 59ème jour de grève des universités. La grève va s’arrêter. Il ne reste d’ailleurs plus que quelques gauchistes obstinés. Le gouvernement n’est pas aveuglé par l’idéologie de l’affairisme. D’ailleurs, le gouvernement est prêt à négocier avec les enseignants-chercheurs et les personnels techniques sur les questions de fond. De toute manière, une majorité écrasante des enseignants, des chercheurs et des étudiants est pour la sélection par l’argent, la suppression de l’indépendance de la Recherche et surtout la bureaucratisation à tous les étages. Quant à la grève, il s’agit d’un phénomène franco-français. Enfin, il n’y a pas eu d’universitaires ni de collégiens arrêtés arbitrairement, brutalisés ou menacés, les chercheurs ne vivent pas quelque part entre la terreur d’être arrêtés, passés à tabac, ou juste interdits de Recherche et la colère à force d’être ignorés, insultés, menacés. Tout va bien. Poisson d’avril.

Dans un communiqué de presse daté de 9h ce matin, Valérie Pécresse a présenté ses excuses pour sa « méthode de communication et de négociation [...] peut-être un peu rapide » . La Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a ajouté que, maintenant que les primaires de l’UMP étaient passées et que son avenir politique était assuré, elle aurait « enfin le temps d’étudier les dossiers [de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche]» et de « réfléchir à des manières alternatives de faire des économies dans les universités ». Elle a aussi assuré que le nombre de postes dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche allait être augmenté au cours de l’année 2009, notamment au moyen du recrutement de « 1.200 à 1.500 » anciens employés de Continental et de la Fnac récemment licencés, qui allaient être chargés d’établir les nouvelles maquettes d’enseignement en IUFM, puis, « après une évaluation indépendante », d’enseigner les sciences de l’éducation aux futurs enseignants du primaire et du secondaire.  Quelques précisions supplémentaires ont été apportées sur le sujet du contrat doctoral unique :  celui-ci vient d’être fusionné avec le projet de Contrat de Solidarité Active proposé par Martin Hirsch à l’horizon 2010. Enfin, Valérie Pécresse a assuré que « comme le demandaient depuis des années par les enseignants, les chercheurs et les doctorants, dont [elle comprend] les craintes », des antennes de la Gendarmerie Mobile seraient ouvertes « dans les UFR et les Écoles Doctorales  de France », Mayotte y compris, pour « garantir l’autonomie des universités » .

La majorité des syndicats a salué l’avancée notable et la « cohérence visionnaire » du projet présidentiel. Une manifestation spontanée de joie a été dispersée dans le calme à Tours.

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Les Alliés tentent de reprendre la Sorbonne

March 26, 2009 § Leave a comment

Note : ce message est rédigé au 54ème jour de grève des enseignants-chercheurs. Le gouvernement refuse toujours de négocier sur les questions de fond.

Je cite :

Face à la mainmise du Rectorat sur la Sorbonne, armée de CRS et de vigiles privés, face à la politique répressive qu’il y mène, face à l’autisme du gouvernement, les enseignants-chercheurs des universités parisiennes ont décidé d’occuper pacifiquement et symboliquement la Sorbonne.

Un rassemblement festif de soutien a lieu en ce moment place de la Sorbonne : venez nombreux nous soutenir !

C’est en ce moment, c’est à la Sorbonne, les détails sont ici et les vidéos .

Le gang des liquidateurs s’attaque encore aux étudiants

March 13, 2009 § Leave a comment

Le système universitaire français est actuellement fondé sur la gratuité de l’enseignement supérieur et le versement d’allocations de bourse en faveur des étudiants issus de milieux modestes. Force est toutefois de constater que ce sont les enfants issus de milieux favorisés qui profitent du système public d’enseignement supérieur financé par la collectivité.

C’est probablement ce genre de raisonnement qui a conduit à proposer la LRU et à arrêter de financer les universités, juste histoire d’être certain que les “milieux favorisés” seront les seuls à profiter du système d’enseignement supérieur devenu essentiellement privé et financé par papa. En tout cas, c’est le raisonnement qui introduit une nouvelle proposition de loi déposée par l’UMP. En quoi consiste-t-elle ? Trois fois rien. Juste remplacer les bourses étudiantes par des prêts.

Vous pourrez trouver sur la première page de cette proposition de loi le nom des 92 élus qui estiment que le meilleur moyen de réduire les inégalités est de faire en sorte que seuls les jeunes qui visent des carrières bien rémunérées prennent le risque de s’endetter à vie pour pouvoir étudier. Moi, je retourne manifester.

Ah, pendant ce temps-là, l’Élysée est prise en flagrant délit de mensonge au sujet de la grève en cours. Tout va bien, vous n’en entendrez certainement pas parler ailleurs que sur le web.

Bilan d’un chercheur sur son journal de tire-au-flanc

February 25, 2009 § 5 Comments

Depuis quelques mois, le gouvernement nous explique, par la bouche de notre Président Bien-Aimé, de Valérie Pécresse ou du fusible médiateur — supposé négocier avec les enseignants-chercheurs sans changer quoi que ce soit aux projets de loi — que les enseignants-chercheurs sont des planqués, jamais évalués, improductifs, et qui méritent qu’on augment leur nombre d’heures d’enseignement pour les punir d’un manque (imaginaire) de publications.

Vous savez quoi ? Ça marche. À force de l’entendre répété sur TF1 et France 2, de le voir imprimé dans les quotidiens gratuits du métro ou dans le Figaro, les gens y croient. Hors de l’université, on est convaincu que les enseignants-chercheurs ne travaillent pas. Mes voisins sont convaincus que, contrairement à eux, en tant qu’enseignant-chercheur, je peux me libérer à n’importe quelle heure, n’importe quel jour pour faire face à une urgence de plomberie. Ma mère est convaincue que, avec mon travail, j’ai tout le temps du monde à ma disposition. Dans l’université, on commence à se convaincre qu’on est le seul à travailler, ou la seule équipe où l’on travaille sérieusement, ou le seul laboratoire, ou la seule ville et que les autres n’en fichent pas une. Mon épouse, à laquelle il arrive de faire 15 heures de travail en une journée, est convaincue qu’elle ne fait rien et que je travaille plus qu’elle. J’ai fini par me convaincre que je ne travaillais pas assez.

Alors, plutôt que de continuer à broyer du noir, j’ai pris quelques mesures : sur une semaine, j’ai chronométré chacune de mes activités et j’ai tenu un journal, heure par heure. Laissez-moi vous en présenter le bilan.

Temps de travail

Dans cette rubrique, je compte

  • le temps consacré à faire de la Recherche
  • le temps consacré à faire de l’Enseignement
  • le temps consacré à remplir des tâches administratives, c’est-à-dire presque uniquement quémander de l’argent ou des autorisations pour pouvoir faire de la Recherche ou embaucher un doctorant
  • le temps habituellement consacré à une des tâches précédentes mais qui, en cette semaine de protestation, a été consacré à expliquer mon travail, les réformes et à lutter contre ces dernières.

Ne sont pas comptées les pauses déjeuner ou thé ou les discussions avec mes collègues, le temps passé à consulter mon mail personnel ou les transports en commun, sauf si j’ai travaillé durant le trajet.

Voici donc le bilan.

  • Temps consacré à des tâches qui relèvent uniquement du domaine de la Recherche : 24h et des poussières.
  • Temps consacré à des taches qui relèvent uniquement du domaine de l’Enseignement : 10 h et des poussières.
  • Temps consacré à des tâches qui relèvent à la fois de la Recherche et de l’Enseignement : 24h45 et des poussières.
  • Temps consacré à des tâches administratives : 4h30.
  • Temps normalement travaillé mais employé cette semaine à défendre mon travail : 7h20.

Soit63h20 de travail effectif cette semaine ou encore, si l’on suppose qu’une semaine normale se déroule de la même manière mais sans avoir à défendre mon travail, 70h45 de travail durant une semaine normale.

Soit encore un peu plus de 9h de travail par jour, samedi et dimanche compris — ou, toujours sous les mêmes hypothèses, un peu plus de 10h par jour, samedi et dimanche compris, sur une semaine normale.

Temps de pause

Dans cette rubrique, je compte

  • le temps passé dans les transports en commun sans travailler
  • le temps passé à manger, à prendre un thé, etc. sauf lorsqu’il s’agit de travailler avec des collègues autour d’un repas
  • le temps passé à consulter mon mail personnel
  • le temps passé à faire des courses, faire le ménage, me reposer, etc.

Je n’ai pas cherché à faire la différence entre ces catégories. Nous arrivons à un total de 42h de pause et des poussières, soit 6h par jour, samedi et dimanche compris. On est assez loin des 8h par jour plus le dimanche chômé du Front Populaire.

Temps de sommeil

Dans cette rubrique, je compte tout le temps passé au lit, avec ou sans livre à la main, avec ou sans la radio allumée, le soir ou le matin. Je n’ai pas cherché à faire la différence entre ces catégories. Nous arrivons à un total de 54h de sommeil, soit un peu moins de 7h par nuit, samedi et dimanche compris.

Si vous suivez le détail des calculs, vous constaterez que quelques heures manquent à l’appel, perdues lors des divers arrondis. Je ne jurerais pas qu’il s’agit d’heures de repos.

Bilan

Le bilan est simple. Si mes hypothèses sont justes, chaque semaine, je fais un peu plus de deux fois les 35 heures. Et si mes hypothèses sont fausses, je ne travaille “que” 63h et quelques. J’y passe 7 jours par semaine et je manque de sommeil. Par-dessus cela, le gouvernement, par l’intermédiaire des médias, s’acharne à prouver que je suis paresseux et inutile et qu’il faudrait me sanctionner sur des critères arbitraires en ajoutant des heures d’enseignement ou d’administration.

Car oui, à ce prix-là, je suis improductif et punissable. Certes, OCaml Batteries Included est une petite révolution dans le domaine d’enseignement/recherche/applications concerné — citons comme indicateurs que ce projet sera bientôt inclus dans de nombreuses versions de Linux, qu’on en parle sur un certain nombre de blogs et que Google trouve 13.600 résultats, qui restent pertinents au moins jusqu’à la 30ème page. Certes, j’ai écrit trois articles depuis juillet et j’en ai un autre sur le feu. Certes, le système de types sur lequel je travaille est intéressant et inédit. Certes, mes deux projets précédents auraient eu une chance, s’il y avait eu la volonté et les moyens de les mener jusqu’à leur conclusion, d’améliorer légèrement la sécurité de quelques systèmes  d’exploitation. Mais je n’ai aucune publication récente de Catégorie A, notamment car la définition de Catégorie A a été faite selon des critères qui ne correspondent pas à mes sujets de recherche. En même temps, ça ne change pas grand chose : sous peu, mes supérieurs pourront me sanctionner à volonté, sans avoir besoin de justifications.

Alors que nous apprend cet exercice ? Premièrement, que les mesures que le gouvernement prétend appliquer sont inapplicables. Si l’on suppose que mon cas est à peu près représentatif des jeunes enseignants-chercheurs sans enfants, on peut immédiatement constater qu’il n’y a pas de réserves de temps disponibles dans la semaine pour faire plus d’enseignement. C’est d’autant plus vrai qu’avec mes 63h de travail, j’ai trouvé moyen de prendre du retard par rapport à tout ce que j’étais supposé faire : je n’ai pas pu participer à la journée portes ouvertes de mon université, je n’ai pas eu le temps de préparer tous mes cours, je n’ai pas eu le temps de faire les transparents pour un exposé que je devais donner quelques jours plus tard. Ajouter des heures d’enseignement, c’est ni plus ni moins qu’enlever des heures de recherche et pousser un enseignant-chercheur à démissionner.

La deuxième conclusion est indirecte. Le gouvernement prétend porter des jugements sur le corps des enseignants-chercheurs, manifestement sans connaître ce corps. Alors savez-vous ce qui se passe lorsque le Bien-Aimé Président de la République utilise des chiffres mensongers pour attaquer des agents de la fonction publique qui sont prêts à sacrifier leur temps de sommeil, leur temps de loisir, sans compter leurs vacances, juste pour pouvoir mener à bien leurs tâches ? Savez-vous ce qui arrive lorsque madame le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche  fait preuve d’une grande liberté avec la vérité pour justifier des réformes dont les deux rôles principaux sont de faire des économies sur les susdits agents et de supprimer l’indépendance de la Recherche ? Il se passe exactement la même chose que dans l’enseignement primaire ou secondaire ou que dans l’hôpital : le pacte social est brisé.  Et après une telle trahison, il ne faut pas s’attendre à ce que le génie rentre dans la bouteille. C’est un appel à la grève, au départ à l’étranger et à la démission.

Ah, un dernier point. Je vais essayer de lever un peu le pied. Mais ça ne changera pas une chose : comme tous mes collègues dans l’enseignement ou/et la recherche, je suis en colère.

Journal d’un tire-au-flanc de chercheur (8) : Fainéants de tout le pays, unissez-vous

February 19, 2009 § 5 Comments

Résumé des épisodes précédents

Le gouvernement a amplement raison, les chercheurs sont des glandeurs et ce qui manque pour les rendre plus productifs, c’est de devoir se justifier en permanence pour avoir le droit de faire de la Recherche. Au cours des épisodes précédents, nous avons suivi l’emploi du temps d’un enseignant-chercheur paresseux et, indirectement, de son enseignante-chercheuse fainéante d’épouse.

Nous avons quitté notre anti-héros dans la nuit du mercredi au jeudi, en train de travailler non loin de son épouse. Nous le retrouvons quelques petites heures plus tard, fort épuisé, un jour de grève et de manifestations. Il s’agit de la dernière demi-journée de ce journal. J’arrêterai à 18h10, exactement une semaine après l’avoir commencé.

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Where Am I?

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