On achève bien les professeurs
January 23, 2010 § 1 Comment
Ca y est, c’est officiel on ne peut (presque) plus devenir professeur en France. Le décret a été publié dans le Journal Officiel du 20 janvier 10, texte 12.
Selon ce décret, pour se présenter aux concours d’enseignement et espérer ainsi devenir professeur certifié (CAPES), agrégé (interne ou externe), un candidat doit d’abord détenir le Master 2.
C’est tout ? C’est tout. Mais résumons quelques conséquences directes :
- Un étudiant souhaitant devenir professeur doit commencer par étudier jusqu’à l’âge théorique minimal de 23 ans (selon mon estimation, ce sera plutôt 24 ou 25 ans en pratique) avant de se présenter pour la première fois à un concours qui pourra lui donner la possibilité d’obtenir un poste de professeur. Comme ces concours sont très concurrentiels, il n’est pas rare de devoir s’y présenter trois fois. Comptons donc 26 ou 27 ans avant de décrocher un premier travail, pour ceux qui s’accrochent jusque-là. Comptons donc aussi 26 ou 27 ans avant une première expérience professionnelle d’enseignement, puisque le gouvernement a en pratique supprimé les stages d’enseignement depuis cette année.
- En plus de beaucoup de patience, ce même étudiant aura besoin d’une sérieuse source de revenus pour arriver à ce niveau. Rappelons que le gouvernement a supprimé les stages rémunérés d’enseignement, tout en diminuant le nombre de bourses. À supposer qu’il reste des professeurs, leur mixité sociale risque d’en pâtir.
- Rappelons que, depuis les réformes récentes, un Master enseignement ne peut mener qu’à l’enseignement. En particulier, toutes les compétences liées à la Recherche ont été supprimées. Rappelons d’ailleurs que les susdites réformes ont aussi supprimé une bonne partie des compétences pédagogiques (un professeur d’anglais n’a effectivement plus besoin de savoir parler anglais). Un étudiant qui échoue à ses concours à l’âge de 28 ans n’aura aucune expérience professionnelle, aucune compétence valorisable, aucun diplôme porteur, et aucune perspective.
- Les étudiants souhaitant ouvrir un peu leurs horizons et leurs débouchés professionnels commencer par obtenir un master autre, avant de préparer un master d’enseignement. Ils ont maintenant 30 ans avant de se présenter aux concours.
- Les professeurs certifiés actuellement en exercice, qui sont généralement à un équivalent Maîtrise/Master 1, n’ont tout bonnement plus le droit de passer l’agrégation interne.
- Les étudiants embauchés par les rectorats pour remplacer les professeurs, et qui enseignent depuis l’année dernière à plein temps, qui sont généralement au niveau Licence 2, ne pourront donc plus passer les concours d’enseignement non plus.
En toute simplicité, nous venons d’assister, d’un trait de plume supplémentaire, à l’enterrement du métier de professeur. Pour remplacer les professeurs, le gouvernement a commencé dès l’année dernière à employer des étudiants sans formation, système qui est appelé à se généraliser.
Vous savez qui remercier.
Les tubes d’avril
April 7, 2009 § Leave a Comment
Note Ce billet est écrit au 65ème jour de grève des universités. Le gouvernement refuse toujours toute négociation et préfère les calomnies et les menaces administratives et physiques. Ceci est un appel au gouvernement : pour le moment, le mouvement est tenu par les pacifistes. Plus vous ignorez leurs revendications, plus vous les insultez, plus vous les humiliez, plus ils vont se retirer et céder la place à ceux qui sont prêts à faire ressortir leur frustration d’une manière beaucoup moins contenue que la nôtre. Nous tiendrons jusqu’au bout de nos forces mais il faudrait que vous preniez conscience de ce qui attend les rues de France lorsque vous serez arrivés à tous nous arrêter, nous envoyer à l’hôpital ou tout simplement à l’étranger.
Dans le domaine de la contestation, il y a de nombreuses manières de jouer l’escalade. Il y a ceux qui envoient quelques compagnies de Gendarmes Mobiles, de CRS voire d’agents de la Brigade Anti-Criminalité pour ouvrir le feu sur quelques étudiants en train d’organiser un happening dans un supermarché toulousain avec l’accord du gérant. Et il y a ceux qui préfèrent jouer ça en musique.
LRU, Le Rap Universitaire
Au bout de 65 jours, vous avez fini par oublier pourquoi les universités étaient en grève ? Alors jetez un œil à cette video et vous vous en souviendrez. Vidéo due aux étudiants de Marne La Vallée.
Princess of Clèves — Fac off
Vous aussi, vous trouvez que la Princesse de Clèves n’a pas assez souffert et qu’il faut en plus que notre Bien-Aimé Président de La République la mette à la rue et à l’alcool ? Alors faites ça en musique. Vidéo due aux enseignants-chercheurs de la Sorbonne, si j’ai bien compris.
Princess of Clèves — Paroles, Paroles
Une fois à la rue, que faire de la Princesse de Clèves ? Il faut lui promettre des Rolex, bien entendu, et sur un air de Dalida.
La Sorbonne en musique
Juste un peu de musique ? D’accord, écoutez-ça ici. Profitez-en pour compter le nombre d’agents de police et de gendarmerie qui tournent.
Sans musique cette fois
Si vous avez l’âme d’un latiniste, j’espère que vous avez déjà écouté les Darcolinaires de la Sorbonne.
Les Alliés tentent de reprendre la Sorbonne
March 26, 2009 § Leave a Comment
Note : ce message est rédigé au 54ème jour de grève des enseignants-chercheurs. Le gouvernement refuse toujours de négocier sur les questions de fond.
Je cite :
Face à la mainmise du Rectorat sur la Sorbonne, armée de CRS et de vigiles privés, face à la politique répressive qu’il y mène, face à l’autisme du gouvernement, les enseignants-chercheurs des universités parisiennes ont décidé d’occuper pacifiquement et symboliquement la Sorbonne.
Un rassemblement festif de soutien a lieu en ce moment place de la Sorbonne : venez nombreux nous soutenir !
C’est en ce moment, c’est à la Sorbonne, les détails sont ici et les vidéos là.
Évolution des postes d’enseignants-chercheurs
December 17, 2008 § Leave a Comment
Il y a quelques jours, Valérie Pécresse argumentait en faveur de la réforme des universités et surtout du budget 2009. Si j’ai le temps, je commenterai les points individuels. Pour le moment, je me contenterai d’attirer l’attention sur l’une des annexes de cet argumentaire : l’évolution des postes université par université.
Que constatons-nous ? Quelques créations par-ci par-là — ah non, pardon, quelques déplacements de postes d’une université à une autre. Le total de créations de postes, qui apparaît en bas du tableau, est négatif. Cette année, dans la recherche, sur les universités, on supprime 200 postes. Est-il nécessaire d’en dire plus ?
La réforme du statut d’enseignant-chercheur
December 7, 2008 § 8 Comments
Note : si vous n’avez pas envie de lire ce pavé, vous pouvez vous contenter d’un résumé sur le point le plus préoccupant de la réforme, la perte d’indépendance de la Recherche, détaillé dans un autre billet.
C’est officiel, dans l’Enseignement et la Recherche, un monde nouveau s’annonce. Les enseignants-chercheurs, par exemple, ne sont plus là pour produire des nouvelles connaissances et pour les transmettre. Non, non, ils sont là pour trouver du travail aux étudiants et surtout pour être exploités, punis s’ils ne produisent pas assez ou/et si ce qu’ils produisent n’est pas du goût du chef local de section, et plus généralement traités comme du bétail. Et peu importe si presque tous les enseignants-chercheurs sont des spécialistes de niveau mondial d’un sujet précis et peu importe si les administratifs qui vont décider de leur avenir, quel que soit leur niveau de compétences, ne peuvent pas avoir les connaissances nécessaires pour juger de la qualité de leurs collègues.
Vous voulez des détails ? Alors je vous propose quelques morceaux choisis et commentés du projet de décret visant à modifier le statut des enseignants-chercheurs. Vous verrez, c’est déprimant. Pour une analyse de plus haut niveau, je vous invite à consulter aussi la note d’Olivier Beaud sur le site de Qualité de la Science Française.
Et hop, une petite baffe au passage pour la Recherche
November 20, 2008 § Leave a Comment
Ça doit être pour bien préparer la grève d’ajourd’hui : notre gouvernement vient d’amputer le CEA de 28 millions d’euros qui auraient dû servir à finir la construction du synchrotron Soleil. Et pourtant, c’est pas comme s’il ne servait à rien, ce synchrotron soleil, avec des applications qui vont de la Recherche Fondamentale en physique des plasmas à l’étude de la toxicité de déchets en passant par l’élaboration de nouveaux médicaments (je tire tout ça de leur site web, personnellement, je n’y connais rien en physique des particules).
Ah non, tiens. il n’y a pas d’appel à la grève au CEA. Je dois m’être trompé. C’est probablement juste une économie de plus sur le dos de l’avenir. Au temps pour moi.
Quelques scénarios pour une université libre, responsable et au poil soyeux.
December 6, 2007 § 7 Comments
La France a besoin de réformes, et ce n’est pas une minorité de tire-aux-flancs — qu’il s’agisse de quelques étudiants visiblement excités ou de fonctionnaires attachés à des privilèges odieux et incapables de concevoir le changement et qui relèvent incontestablement d’un autre âge — qui empêchera le progrès. Ne vous fiez pas aux bruits dans la rue, notre président a la poigne suffisamment ferme pour faire appliquer la très attendue loi sur la Liberté et la Responsabilité des Universités.
Cette loi se résume en deux points :
- Donner tous les pouvoirs au Conseil d’Administration et à son représentant, le président de l’université, qui pourra agir les coudées franches, aussi bien sur le plan de l’embauche que sur celui des financements ou des frais d’inscription.
- Imposer la présence d’industriels au susdit Conseil d’Administration.
Voyons ceci plus en détail :
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