Cent mille voix pour la formation des enseignants

January 23, 2010 § Leave a Comment

Comme beaucoup d’entre vous le savent, l’année 2009-2010 a été rude dans les écoles, les collèges, les lycées les universités et les instituts de recherche de France. Du côté des enseignants, des chercheurs, des personnels administratifs et techniques et des parents d’élèves, il s’agissait de défendre le système contre sa casse systématique et organisée au profit du secteur privé. Du côté ministériel, il s’agissait de prononcer quelques bonnes paroles, de diviser pour régner, de salir tous ceux qui consacrent leur vie à former les enfants des autres ou à concevoir les savoirs de demain, de supprimer progressivement la formation des enseignants, de couper le plus possible de postes dans les établissements, de cesser de régler les factures, et plus généralement d’organiser la transition vers un système du tout-privé.

Comme beaucoup d’entre vous le savent, une année de lutte entière — dont la grève universitaire la plus importante depuis le XIIIeme siècle, pardonnez du peu — n’a servi à rien. Quelques belles paroles et le rouleau compresseur a repris, sans négociations, sans compromis et sans respecter la moindre promesse.

Il est encore temps, peut-être, de sauver quelques meubles. C’est en tout cas ce que pense la Coordination Nationale pour la Formation des Enseignants, qui vient de lancer une pétition. Cette pétition rassemblent les signatures de tous ceux qui estiment que la France doit continuer à former la formation des enseignants — rappelons que cette formation est presque abolie à partir de cette année. Si vous avez des enfants, si vous comptez en avoir ou si vous pensez que les enfants des autres doivent avoir des professeurs formés, je vous suggère de la signer. Je viens de le faire moi-même.

On achève bien les professeurs

January 23, 2010 § 1 Comment

Ca y est, c’est officiel on ne peut (presque) plus devenir professeur en France. Le décret a été publié dans le Journal Officiel du 20 janvier 10, texte 12.

Selon ce décret, pour se présenter aux concours d’enseignement et espérer ainsi devenir professeur certifié (CAPES), agrégé (interne ou externe), un candidat doit d’abord détenir le Master 2.

C’est tout ? C’est tout. Mais résumons quelques conséquences directes :

  • Un étudiant souhaitant devenir professeur doit commencer par étudier jusqu’à l’âge théorique minimal de 23 ans (selon mon estimation, ce sera plutôt 24 ou 25 ans en pratique) avant de se présenter pour la première fois à un concours qui pourra lui donner la possibilité d’obtenir un poste de professeur. Comme ces concours sont très concurrentiels, il n’est pas rare de devoir s’y présenter trois fois. Comptons donc 26 ou 27 ans avant de décrocher un premier travail, pour ceux qui s’accrochent jusque-là. Comptons donc aussi 26 ou 27 ans avant une première expérience professionnelle d’enseignement, puisque le gouvernement a en pratique supprimé les stages d’enseignement depuis cette année.
  • En plus de beaucoup de patience, ce même étudiant aura besoin d’une sérieuse source de revenus pour arriver à ce niveau. Rappelons que le gouvernement a supprimé les stages rémunérés d’enseignement, tout en diminuant le nombre de bourses. À supposer qu’il reste des professeurs, leur mixité sociale risque d’en pâtir.
  • Rappelons que, depuis les réformes récentes, un Master enseignement ne peut mener qu’à l’enseignement. En particulier, toutes les compétences liées à la Recherche ont été supprimées. Rappelons d’ailleurs que les susdites réformes ont aussi supprimé une bonne partie des compétences pédagogiques (un professeur d’anglais n’a effectivement plus besoin de savoir parler anglais). Un étudiant qui échoue à ses concours à l’âge de 28 ans n’aura aucune expérience professionnelle, aucune compétence valorisable, aucun diplôme porteur, et aucune perspective.
  • Les étudiants souhaitant ouvrir un peu leurs horizons et leurs débouchés professionnels commencer par obtenir un master autre, avant de préparer un master d’enseignement. Ils ont maintenant 30 ans avant de se présenter aux concours.
  • Les professeurs certifiés actuellement en exercice, qui sont généralement à un équivalent Maîtrise/Master 1, n’ont tout bonnement plus le droit de passer l’agrégation interne.
  • Les étudiants embauchés par les rectorats pour remplacer les professeurs, et qui enseignent depuis l’année dernière à plein temps, qui sont généralement au niveau Licence 2, ne pourront donc plus passer les concours d’enseignement non plus.

En toute simplicité, nous venons d’assister, d’un trait de plume supplémentaire, à l’enterrement du métier de professeur. Pour remplacer les professeurs, le gouvernement a commencé dès l’année dernière à employer des étudiants sans formation, système qui est appelé à se généraliser.

Vous savez qui remercier.

Quelques nouvelles du front

April 25, 2009 § Leave a Comment

Note : Ce billet est écrit au 83ème jour de la grève des universités. Le gouvernement refuse toujours de négocier et préfère faire passer les réformes en catimini, sous la forme de décrets d’application qui ne correspondent pas aux textes prépubliés, et en les accompagnant de mensonges, d’intimidations administratives et de coups bien réels de matraques. La privatisation à l’italienne du système éducatif est en cours. Pour tous ceux qui ne sont pas d’accord, rendez-vous à Louvain, du 26 au 29 avril et dans les rues de Paris, le 28 avril. De nouvelles pétitions viennent d’être mises en ligne pour dénoncer les réformes et les mensonges du gouvernement.

Il y a quelques jours, François Fillon s’est exprimé sur France Inter, l’évènement est suffisamment rare pour être noté. C’est que Monsieur le Premier Ministre avait bien des choses à dire, en particulier sur la réforme des universités, du primaire et du secondaire publics. Malheureusement, là où l’on aurait pu espérer un brin de sérieux de la part d’un homme politique qui a la réputation de ne jamais parler pour ne rien dire, nous n’avons eu droit qu’à une nouvelle répétition des platitudes de Valérie Pécresse. Mais il faut tout de même saluer le courage de François Fillon, qui n’a pas hésité un seul instant avant de décrire la “concertation” et les mesures qui viennent de passer en décret d’application, “parfaitement conforme[s] aux aspirations des universitaires”. En guise de concertation, rappelons que le gouvernement a de nombreuses fois refusé de rencontrer les représentants syndicaux, les représentants des associations de chercheurs, d’enseignants-chercheurs, de précaires de l’université, etc. Rappelons aussi que seuls deux des 35 représentants syndicaux — ceux de deux syndicats parmi les plus petits — se sont exprimées en faveur des propositions du gouvernement. Rappelons de même que 76 des 83 universités françaises bloquent la réforme du primaire et du secondaire à force de désobéissance civile. Rappelons toujours les 100.000 manifestants, il y a quelques semaines, et la grève des universités, qui entre dans sa 12ème semaine.

Le gouvernement a décidément une définition particulière de “concertation” et d’”aspirations”, et ce d’autant plus que les décrets qui viennent de passer ne sont pas les mêmes que ceux qui avaient été donnés à lire aux universitaires.  Rien de surprenant de la part d’un gouvernement qui appelle “autonomie” une bureaucratie aussi rigide que complexe et qui donne la part belle aux pleins pouvoirs, “faire confiance aux universités” le déluge impressionnant de directives ministérielles qui ne cesse de tomber depuis des mois, “organisme indépendant” une agence dont tous les membres sont nommés par le ministre, etc.

Pour ceux qui ne sont pas encore au courant, quatre décrets d’application et trois arrêtés ont été publiés cette semaine  sans affichage préalable des textes. Parmi les décrets, citons-en deux qui sont au cœur du mouvement de contestation universitaire :

  • le nouveau statut des enseignants-chercheurs, dans un texte qui ne reprend aucune des trois versions préalables présentées par le gouvernement, et qui réintroduit notamment la possibilité d’infliger à tout enseignant-chercheur jusqu’à 1607 heures supplémentaires non-payées, que ce soit pour faire des économies ou pour lui faire payer un engagement politique ou des recherches qui fâchent ;
  • la réforme du statut des doctorants, qui semble notamment supprimer le monitorat et les allocations couplées (il faut que je vérifie plus en détails) et permettre de confier absolument n’importe quelle tâche supplémentaire aux doctorants, en plus de la Recherche.

Au passage, l’État Français vient d’accorder aux établissements appartenant au Vatican la possibilité de délivrer des diplômes, y compris, semble-t-il, les futurs master enseignement qui remplaceront le CAPES, l’Agrégation et le concours de Professeur des Écoles, le tout financé par les deniers publics.

Voici des mois, voire des années, que la communauté universitaire s’élève contre ces réformes mais aussi contre la méthode du gouvernement, qui vote les lois pendant les vacances et sans les annoncer, prépare leur application à coups de statistiques fausses et de contre-vérités, et tente de faire taire la contestation à coups de propagande, d’intimidations administratives et d’interventions policières. À présent, le gouvernement prétend que les universitaires sont pour la plupart d’accord avec ces mesures, depuis la suppression de l’indépendance de la recherche jusqu’à la liquidation du primaire et du secondaire public. Si vous êtes un universitaire et si vous souhaitez prendre la parole pour contester cette soi-disant unanimité, un groupe de cinq pétitions a été ouvert, chacune sur un des points contestés — à toutes signer, donc. En moins de 24h, la première de ces pétitions a récolté près de 700 signatures, à comparer aux 327 signatures récoltées en plus d’un an par la pétition opposée.

Et qui que vous soyez, rendez-vous est pris le 28 avril, dans les rues de France, pour manifester le mécontentement de la société française face à la liquidation de l’enseignement public, de la recherche et de l’hôpital.

Last lecture

April 22, 2009 § 4 Comments

Note: This post is written on the 79th day of strike of Universities. Despite the overwhelming consensus against these bills, the government has just passed the application decrees implementing the possibility of arbitrarily increasing the teaching charge of researchers, without need for any justification. The government obviously fails to see how much this will hurt Research. Simultaneously, the government has announced that, since the reform of primary and secondary schools cannot proceed in compliance with the government’s own decrees, it will simply proceed illegally. Once the shock is gone, expect increased strike actions. Expect Resarch strikes on publications, on patents, on contracts with the government or French companies. Expect difficulties with baccalauréat, exams and degrees.

Where headhunters had failed, the government has finally succeeded. Today was my last lecture.

As the government obviously doesn’t want Researchers to have the means and time to undertake Research, I have accepted a position in the private sector, where I should be able to pursue my work on semantics, security and functional concurrent/distributed programming languages.

While I’m glad to start in a position where I will have both more leeway and both students and engineers to work with me, I am saddened that the situation had to reach the point where I felt I had no choice.

Barring any accident, starting September 1st, you will be able to find me at MLState.

Les tubes d’avril

April 7, 2009 § Leave a Comment

Note Ce billet est écrit au 65ème jour de grève des universités. Le gouvernement refuse toujours toute négociation et préfère les calomnies et les menaces administratives et physiques. Ceci est un appel au gouvernement : pour le moment, le mouvement est tenu par les pacifistes. Plus vous ignorez leurs revendications, plus vous les insultez, plus vous les humiliez, plus ils vont se retirer et céder la place à ceux qui sont prêts à faire ressortir leur frustration d’une manière beaucoup moins contenue que la nôtre. Nous tiendrons jusqu’au bout de nos forces mais il faudrait que vous preniez conscience de ce qui attend les rues de France lorsque vous serez arrivés à tous nous arrêter, nous envoyer à l’hôpital ou tout simplement à l’étranger.

Dans le domaine de la contestation, il y a de nombreuses manières de jouer l’escalade. Il y a ceux qui envoient quelques compagnies de Gendarmes Mobiles, de CRS voire d’agents de la Brigade Anti-Criminalité pour ouvrir le feu sur quelques étudiants en train d’organiser un happening dans un supermarché toulousain avec l’accord du gérant. Et il y a ceux qui préfèrent jouer ça en musique.

LRU, Le Rap Universitaire

Au bout de 65 jours, vous avez fini par oublier pourquoi les universités étaient en grève ? Alors jetez un œil à cette video et vous vous en souviendrez. Vidéo due aux étudiants de Marne La Vallée.

Princess of Clèves — Fac off

Vous aussi, vous trouvez que la Princesse de Clèves n’a pas assez souffert et qu’il faut en plus que notre Bien-Aimé Président de La République la mette à la rue et à l’alcool ? Alors faites ça en musique. Vidéo due aux enseignants-chercheurs de la Sorbonne, si j’ai bien compris.

Princess of Clèves — Paroles, Paroles

Une fois à la rue, que faire de la Princesse de Clèves ? Il faut lui promettre des Rolex, bien entendu, et sur un air de Dalida.

La Sorbonne en musique

Juste un peu de musique ? D’accord, écoutez-ça ici. Profitez-en pour compter le nombre d’agents de police et de gendarmerie qui tournent.

Sans musique cette fois

Si vous avez l’âme d’un latiniste, j’espère que vous avez déjà écouté les Darcolinaires de la Sorbonne.

Pourquoi les université sont (toujours) en grève

April 4, 2009 § 6 Comments

Note Ce billet est écrit au 63ème jour de grève des universités. Le gouvernement refuse toujours de négocier sur les questions de fond, préfère toujours recourir aux tours de passe-passe et aux insultes pour faire passer ses réformes, quand ce n’est pas directement aux coups de matraque.  D’après mes comptes, nous en sommes à 5 contestataires hospitalisés et une quarantaine arrêtés de manière semble-t-il arbitraire par les forces de l’ordre. À l’heure actuelle, le gouvernement joue le pourrissement et compte sur le sens de la responsabilité des enseignants-chercheurs pour arrêter la grève et permettre aux examens, au concours et au baccalauréat de se dérouler correctement. Ne soyez pas certains que cela arrivera.

Il y a pas loin de deux mois, j’écrivais un billet pour expliquer pourquoi les universités étaient en grève. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Le gouvernement a même, à un moment, fait semblant de négocier et de revenir en arrière sur certains des points parmi les plus choquants de ses réformes. Et nous sommes toujours en grève, même si ce n’est pas toujours pour les mêmes raisons qu’en février.

Pourquoi ?

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Le gouvernement décide de ne pas saborder l’Enseignement et la Recherche. Poisson d’avril.

April 1, 2009 § 2 Comments

Note Ce billet est écrit au 59ème jour de grève des universités. La grève va s’arrêter. Il ne reste d’ailleurs plus que quelques gauchistes obstinés. Le gouvernement n’est pas aveuglé par l’idéologie de l’affairisme. D’ailleurs, le gouvernement est prêt à négocier avec les enseignants-chercheurs et les personnels techniques sur les questions de fond. De toute manière, une majorité écrasante des enseignants, des chercheurs et des étudiants est pour la sélection par l’argent, la suppression de l’indépendance de la Recherche et surtout la bureaucratisation à tous les étages. Quant à la grève, il s’agit d’un phénomène franco-français. Enfin, il n’y a pas eu d’universitaires ni de collégiens arrêtés arbitrairement, brutalisés ou menacés, les chercheurs ne vivent pas quelque part entre la terreur d’être arrêtés, passés à tabac, ou juste interdits de Recherche et la colère à force d’être ignorés, insultés, menacés. Tout va bien. Poisson d’avril.

Dans un communiqué de presse daté de 9h ce matin, Valérie Pécresse a présenté ses excuses pour sa « méthode de communication et de négociation [...] peut-être un peu rapide » . La Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a ajouté que, maintenant que les primaires de l’UMP étaient passées et que son avenir politique était assuré, elle aurait « enfin le temps d’étudier les dossiers [de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche]» et de « réfléchir à des manières alternatives de faire des économies dans les universités ». Elle a aussi assuré que le nombre de postes dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche allait être augmenté au cours de l’année 2009, notamment au moyen du recrutement de « 1.200 à 1.500 » anciens employés de Continental et de la Fnac récemment licencés, qui allaient être chargés d’établir les nouvelles maquettes d’enseignement en IUFM, puis, « après une évaluation indépendante », d’enseigner les sciences de l’éducation aux futurs enseignants du primaire et du secondaire.  Quelques précisions supplémentaires ont été apportées sur le sujet du contrat doctoral unique :  celui-ci vient d’être fusionné avec le projet de Contrat de Solidarité Active proposé par Martin Hirsch à l’horizon 2010. Enfin, Valérie Pécresse a assuré que « comme le demandaient depuis des années par les enseignants, les chercheurs et les doctorants, dont [elle comprend] les craintes », des antennes de la Gendarmerie Mobile seraient ouvertes « dans les UFR et les Écoles Doctorales  de France », Mayotte y compris, pour « garantir l’autonomie des universités » .

La majorité des syndicats a salué l’avancée notable et la « cohérence visionnaire » du projet présidentiel. Une manifestation spontanée de joie a été dispersée dans le calme à Tours.

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Hadopi ou la politique du pire

March 28, 2009 § Leave a Comment

Note Ce billet est écrit au 56ème jour de grève des universités. Hier, un groupe d’une trentaine d’étudiants et d’enseignants-chercheurs a été placé en garde à vue à Marseille alors qu’ils se rendaient dans un parc public à l’occasion d’une visite du Premier Ministre. Hier aussi, le rectorat d’Orléans, qui était occupé par des étudiants et des enseignants-chercheurs, a été évacué par la force. Il y a deux semaines, un étudiant toulousain avait déjà perdu un œil suite à un tir direct de  flash-ball par les forces de l’ordre. La mobilisation continue. Le gouvernement refuse toujours de négocier.

Le projet de loi Albanel Création et Internet (ou Hadopi) part d’un principe simple : nombreux sont les utilisateurs d’Internet qui, par le biais de réseaux de partage, accèdent gratuitement à des pistes musicales et à des films ou/et mettent eux-mêmes à disposition des pistes musicales ou des films, sans l’accord des éditeurs et distributeurs. C’est ce que l’industrie musicale et cinématographique appelle, avec peut-être un peu de légèreté, du “piratage”, du “vol”, voire un “crime”. Pour mémoire, jusqu’à il y a quelques années, en informatique, le terme de “piratage” désignait l’action d’entrer par effraction virtuelle dans un système mal protégé, pour s’emparer de données confidentielles, saboter le système ou simplement s’amuser. Le terme de “vol”, lui, désignait l’action de priver un individu ou une entreprise d’une de ses possessions. Quant au terme de “crime”, on en usait essentiellement lorsqu’il y avait mort d’homme.

Cela dit, et malgré les abus de langage manifestes, il est vrai que les réseaux de partage permettent à leurs utilisateurs de disposer de biens virtuels contre la volonté de leurs distributeurs et sans contrepartie financière pour les distributeurs, les interprètes ou les auteurs. Face à ce problème, deux pistes ont été explorées. D’une part, la “licence globale”, qui consiste à voir Internet comme une immense bibliothèque, dans laquelle les créateurs et distributeurs sont rémunérés par une autorité centralisée, grâce à une taxe. D’autre part, les réponses dissuasives ou répressives, dont font partie la Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique, votée en juin 2004 et dont l’application a été délibérément laissée floue et à l’appréciation des juges, la loi DADVSI (Droits d’Auteur, Droits Voisin dans la Société de l’Information), votée en 2005 et jamais appliquée à ce jour, et maintenant le projet de loi Création et Internet, en cours de débat à l’Assemblée Nationale.

Ne le cachons pas, je suis fortement partisan de la licence globale, qui me semble une approche à la fois pratique, raisonnablement simple et à peu près morale, trois caractéristiques dont sont dépourvues les lois dissuasives/répressives.

Pour vous en convaincre, je vous propose d’explorer, à travers une suite de billets, les difficultés techniques, légales et morales de la loi Hadopi.

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La contre-contre-réforme contre-contre-contre-contre-réactionnaire, il n’y a que ça de vrai

March 18, 2009 § 1 Comment

Note À l’heure où j’écris ces lignes, les universités en sont à leur 44ème jour de grève et le gouvernement refuse toujours de négocier sur les questions de fond. Si le gouvernement s’obstine à insulter et à mentir plutôt qu’à négocier, et insiste pour liquider le système plutôt que d’écouter les propositions des grévistes, en fin d’année, on peut supposer qu’il n’y aura pas de diplômes universitaires. Ceci est aussi valable pour le baccalauréat.

C’est officiel : Internet importune le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Il faut dire que les blogs et les sites d’information mènent la vie dure aux réformes, en publiant de fréquents décryptages et en révélant de nombreuses informations que les médias classiques “oublient” parfois de mentionner. C’est ainsi qu’ont circulé les preuves de quelques mensonges gouvernementaux — les chiffres faux cités le 22 janvier lors du fameux discours sur la recherche et l’innovation (certains préfèreront l’appeler discours contre la recherche et l’innovation), l’accord tout à fait imaginaire entre les syndicats et le Ministère, annoncé par le porte-parole de l’Élysée, ou encore les concessions clamées par le Ministère, elles aussi largement imaginaires.

Alors que faire ? L’année dernière, le Ministère de l’Éducation Nationale lançait un appel d’offre sur la surveillance des blogs et des sites d’information. Cette année, l’Élysée et Matignon cherchent des stratégies pour “influencer sans apparaître” (et c’est le Figaro qui emploie l’expression, excusez du peu). En attendant, à en croire aussi bien le Figaro qu’Arrêt sur Images [1], le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche achète des encarts publicitaires sur Google [2].

Mais certains sont allés plus loin. Si lancez une requête “enseignant-chercheur” sur votre moteur de recherche favori, vous aurez la joie de voir apparaître après quelques pages le site « Enseignants chercheurs, le groupe des députés UMP vous donne la parole ! » Ne m’en voulez pas si je ne vous donne pas de lien direct, je ne voudrais pas contribuer à améliorer le classement de ce site, mais je trouve le concept particulièrement amusant. Le site a accumulé 57 commentaires un mois, ce qui me semble assez faible si je compare avec les 5373 messages qui attendent que je les lise sur l’une des listes de diffusion (modérée) d’enseignants-chercheurs en colère. Sur les 57 commentaires, beaucoup de matériel à troll, quelques idées pas idiotes mais que le gouvernement n’écoutera jamais (création d’une haute autorité qui pourrait être saisie par les enseignants-chercheurs lorsqu’ils estiment leur indépendance menacée, que ce soit par le gouvernement ou le secteur privé), et, pour autant que je puisse en juger, un seul message de soutien au gouvernement ou à l’UMP.

Bien entendu, le principal, sur c’est tout de même Jean-François Copé. Jean-François Copé qui invite au débat, Jean-François Copé qui signe des lettres, Jean-François Copé en video et en re-video, Jean-François Copé qui explique à ces niais d’enseignants-chercheurs pourquoi ils n’ont rien compris sur les réformes, tout ça. Ah, et quelques propositions (de Jean-François Copé) soumises pour « améliorer [...] sans remettre en cause les principes fondateurs de la loi ». Après tout, si Jean-François Copé pense pouvoir discuter (tout seul) en ignorant le fond du problème, pourquoi pas. Alors, un mois après la création de ce site, il en est où le Jean-François Copé ?

Tous ensemble derrière la réforme. Ou pas.

Tous ensemble derrière la réforme. Ou pas.

Allez, zéro votes, c’est pas si grave. Ce qui compte, après tout, c’est que les mesures ont recueilli « un très large consensus ». Tant pis si ce consensus ne rassemblait aucun des intéressés.  Deux ans après le vote de la loi, c’est le moment de commencer à les consulter, non ?

Et puis après tout, zéro votes, ça se guérit vite. Il suffirait que Jean-François Copé se prononce.

[1] « Enseignants-chercheurs : Pécresse achète des mots-clés sur Google. » Sophie Gindesperger, 17/03/2009, L’article est payant et il n’est pas possible de le lier directement.

[2] Je ne suis pas arrivé à reproduire la manœuvre, soit en raison de la configuration exotique que j’emploie, soit parce que la campagne aura été arrêtée en catastrophe, comme d’habitude.

Le gang des liquidateurs s’attaque encore aux étudiants

March 13, 2009 § Leave a Comment

Le système universitaire français est actuellement fondé sur la gratuité de l’enseignement supérieur et le versement d’allocations de bourse en faveur des étudiants issus de milieux modestes. Force est toutefois de constater que ce sont les enfants issus de milieux favorisés qui profitent du système public d’enseignement supérieur financé par la collectivité.

C’est probablement ce genre de raisonnement qui a conduit à proposer la LRU et à arrêter de financer les universités, juste histoire d’être certain que les “milieux favorisés” seront les seuls à profiter du système d’enseignement supérieur devenu essentiellement privé et financé par papa. En tout cas, c’est le raisonnement qui introduit une nouvelle proposition de loi déposée par l’UMP. En quoi consiste-t-elle ? Trois fois rien. Juste remplacer les bourses étudiantes par des prêts.

Vous pourrez trouver sur la première page de cette proposition de loi le nom des 92 élus qui estiment que le meilleur moyen de réduire les inégalités est de faire en sorte que seuls les jeunes qui visent des carrières bien rémunérées prennent le risque de s’endetter à vie pour pouvoir étudier. Moi, je retourne manifester.

Ah, pendant ce temps-là, l’Élysée est prise en flagrant délit de mensonge au sujet de la grève en cours. Tout va bien, vous n’en entendrez certainement pas parler ailleurs que sur le web.

Where Am I?

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