Fin des cours

April 23, 2009 § 2 Comments

Note : Ce billet est écrit au 80ème jour de grève des universités. Malgré l’opposition de la quasi-totalité de la communauté universitaire, le gouvernement vient de faire passer les décrets d’application qui permettent de transformer arbitrairement et sans justifications un enseignant-chercheur en enseignant pur. Manifestement, le gouvernement n’arrive pas à comprendre le danger pour le monde de la Recherche en France. Simultanément, le gouvernement vient d’annoncer que, puisqu’il était impossible de procéder à la réforme de l’enseignement primaire et secondaire sans violer ses propres décrets, il allait les ignorer totalement. Une fois que le choc sera passé, attendez-vous à des réactions. Attendez-vous à une grève de la Recherche, des publications, des brevets, des contrats, des évaluations. Attendez-vous à des difficultés lors des examens et du baccalauréat.

Là où les chasseurs de tête avaient échoué, le gouvernement vient de réussir : j’ai donné hier mon dernier cours.

Puisque le gouvernement préfère manifestement économiser sur le dos de la Recherche, j’ai fini par accepter un poste dans le secteur privé, poste dans lequel je devrais être en mesure de poursuivre mes travaux sur les liens entre sémantique informatique, sûreté, sécurité, langages fonctionnels et parallélisme.

Si ce nouveau poste devrait m’apporter plus de liberté, ainsi que des étudiants et des ingénieurs pour participer à mes recherches, j’ai le cœur lourd d’avoir été contraint à quitter le système universitaire, auquel je suis profondément attaché, pour pouvoir faire mon travail.

Sauf accident, à partir du premier septembre 2009, vous pourrez me trouver chez MLState.

Last lecture

April 22, 2009 § 4 Comments

Note: This post is written on the 79th day of strike of Universities. Despite the overwhelming consensus against these bills, the government has just passed the application decrees implementing the possibility of arbitrarily increasing the teaching charge of researchers, without need for any justification. The government obviously fails to see how much this will hurt Research. Simultaneously, the government has announced that, since the reform of primary and secondary schools cannot proceed in compliance with the government’s own decrees, it will simply proceed illegally. Once the shock is gone, expect increased strike actions. Expect Resarch strikes on publications, on patents, on contracts with the government or French companies. Expect difficulties with baccalauréat, exams and degrees.

Where headhunters had failed, the government has finally succeeded. Today was my last lecture.

As the government obviously doesn’t want Researchers to have the means and time to undertake Research, I have accepted a position in the private sector, where I should be able to pursue my work on semantics, security and functional concurrent/distributed programming languages.

While I’m glad to start in a position where I will have both more leeway and both students and engineers to work with me, I am saddened that the situation had to reach the point where I felt I had no choice.

Barring any accident, starting September 1st, you will be able to find me at MLState.

Universités : Ce printemps, la mode est à la grève

April 9, 2009 § 3 Comments

Note Ce billet est écrit au 67ème jour de grève des universités. Le gouvernement refuse toujours de négocier et s’avère de plus en plus violent : dernièrement, on a vu les forces de police charger violemment des étudiants et des enseignants-chercheurs parfaitement pacifiques pour les empêcher de sortir de leur campus et de rejoindre une manifestation. On a aussi vu le gouvernement proclamer le résultat d’un vote universitaire électronique près d’une semaine avant que le vote n’ait lieu. De nouvelles formes de contestation continuent à voir le jour. Attendez-vous à de la musique de rue, à du théâtre de rue, attendez-vous à des cours universitaires dans le métro, à des fausses contre-manifs et à des oraisons en grec. Attendez-vous aussi à des blocages de baccalauréat.

Il y a bientôt deux mois, l’université d’Orléans introduisait une collection peut-être un peu osée pour l’hiver, avec notamment des pancartes, des banderoles et quelques T-Shirts tels que :

Voici maintenant le grand début de la collection printemps :front1back

La ligne est prévue pour être portée tous les jours, dans la rue, dans les transports, dans les gares et peut-être même en cours. Des défilés de mode seront aussi organisés, à raison de un par semaine jusqu’à ce que le gouvernement accepte de négocier.

Vous aussi, vous souhaitez porter ces T-Shirts ? Alors voici tous les fichiers nécessaires pour pouvoir les imprimer. Vous pouvez les considérer étant dans le domaine public.

Les tubes d’avril

April 7, 2009 § Leave a comment

Note Ce billet est écrit au 65ème jour de grève des universités. Le gouvernement refuse toujours toute négociation et préfère les calomnies et les menaces administratives et physiques. Ceci est un appel au gouvernement : pour le moment, le mouvement est tenu par les pacifistes. Plus vous ignorez leurs revendications, plus vous les insultez, plus vous les humiliez, plus ils vont se retirer et céder la place à ceux qui sont prêts à faire ressortir leur frustration d’une manière beaucoup moins contenue que la nôtre. Nous tiendrons jusqu’au bout de nos forces mais il faudrait que vous preniez conscience de ce qui attend les rues de France lorsque vous serez arrivés à tous nous arrêter, nous envoyer à l’hôpital ou tout simplement à l’étranger.

Dans le domaine de la contestation, il y a de nombreuses manières de jouer l’escalade. Il y a ceux qui envoient quelques compagnies de Gendarmes Mobiles, de CRS voire d’agents de la Brigade Anti-Criminalité pour ouvrir le feu sur quelques étudiants en train d’organiser un happening dans un supermarché toulousain avec l’accord du gérant. Et il y a ceux qui préfèrent jouer ça en musique.

LRU, Le Rap Universitaire

Au bout de 65 jours, vous avez fini par oublier pourquoi les universités étaient en grève ? Alors jetez un œil à cette video et vous vous en souviendrez. Vidéo due aux étudiants de Marne La Vallée.

Princess of Clèves — Fac off

Vous aussi, vous trouvez que la Princesse de Clèves n’a pas assez souffert et qu’il faut en plus que notre Bien-Aimé Président de La République la mette à la rue et à l’alcool ? Alors faites ça en musique. Vidéo due aux enseignants-chercheurs de la Sorbonne, si j’ai bien compris.

Princess of Clèves — Paroles, Paroles

Une fois à la rue, que faire de la Princesse de Clèves ? Il faut lui promettre des Rolex, bien entendu, et sur un air de Dalida.

La Sorbonne en musique

Juste un peu de musique ? D’accord, écoutez-ça ici. Profitez-en pour compter le nombre d’agents de police et de gendarmerie qui tournent.

Sans musique cette fois

Si vous avez l’âme d’un latiniste, j’espère que vous avez déjà écouté les Darcolinaires de la Sorbonne.

Pourquoi les université sont (toujours) en grève

April 4, 2009 § 6 Comments

Note Ce billet est écrit au 63ème jour de grève des universités. Le gouvernement refuse toujours de négocier sur les questions de fond, préfère toujours recourir aux tours de passe-passe et aux insultes pour faire passer ses réformes, quand ce n’est pas directement aux coups de matraque.  D’après mes comptes, nous en sommes à 5 contestataires hospitalisés et une quarantaine arrêtés de manière semble-t-il arbitraire par les forces de l’ordre. À l’heure actuelle, le gouvernement joue le pourrissement et compte sur le sens de la responsabilité des enseignants-chercheurs pour arrêter la grève et permettre aux examens, au concours et au baccalauréat de se dérouler correctement. Ne soyez pas certains que cela arrivera.

Il y a pas loin de deux mois, j’écrivais un billet pour expliquer pourquoi les universités étaient en grève. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Le gouvernement a même, à un moment, fait semblant de négocier et de revenir en arrière sur certains des points parmi les plus choquants de ses réformes. Et nous sommes toujours en grève, même si ce n’est pas toujours pour les mêmes raisons qu’en février.

Pourquoi ?

« Read the rest of this entry »

Le gouvernement décide de ne pas saborder l’Enseignement et la Recherche. Poisson d’avril.

April 1, 2009 § 2 Comments

Note Ce billet est écrit au 59ème jour de grève des universités. La grève va s’arrêter. Il ne reste d’ailleurs plus que quelques gauchistes obstinés. Le gouvernement n’est pas aveuglé par l’idéologie de l’affairisme. D’ailleurs, le gouvernement est prêt à négocier avec les enseignants-chercheurs et les personnels techniques sur les questions de fond. De toute manière, une majorité écrasante des enseignants, des chercheurs et des étudiants est pour la sélection par l’argent, la suppression de l’indépendance de la Recherche et surtout la bureaucratisation à tous les étages. Quant à la grève, il s’agit d’un phénomène franco-français. Enfin, il n’y a pas eu d’universitaires ni de collégiens arrêtés arbitrairement, brutalisés ou menacés, les chercheurs ne vivent pas quelque part entre la terreur d’être arrêtés, passés à tabac, ou juste interdits de Recherche et la colère à force d’être ignorés, insultés, menacés. Tout va bien. Poisson d’avril.

Dans un communiqué de presse daté de 9h ce matin, Valérie Pécresse a présenté ses excuses pour sa « méthode de communication et de négociation [...] peut-être un peu rapide » . La Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a ajouté que, maintenant que les primaires de l’UMP étaient passées et que son avenir politique était assuré, elle aurait « enfin le temps d’étudier les dossiers [de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche]» et de « réfléchir à des manières alternatives de faire des économies dans les universités ». Elle a aussi assuré que le nombre de postes dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche allait être augmenté au cours de l’année 2009, notamment au moyen du recrutement de « 1.200 à 1.500 » anciens employés de Continental et de la Fnac récemment licencés, qui allaient être chargés d’établir les nouvelles maquettes d’enseignement en IUFM, puis, « après une évaluation indépendante », d’enseigner les sciences de l’éducation aux futurs enseignants du primaire et du secondaire.  Quelques précisions supplémentaires ont été apportées sur le sujet du contrat doctoral unique :  celui-ci vient d’être fusionné avec le projet de Contrat de Solidarité Active proposé par Martin Hirsch à l’horizon 2010. Enfin, Valérie Pécresse a assuré que « comme le demandaient depuis des années par les enseignants, les chercheurs et les doctorants, dont [elle comprend] les craintes », des antennes de la Gendarmerie Mobile seraient ouvertes « dans les UFR et les Écoles Doctorales  de France », Mayotte y compris, pour « garantir l’autonomie des universités » .

La majorité des syndicats a salué l’avancée notable et la « cohérence visionnaire » du projet présidentiel. Une manifestation spontanée de joie a été dispersée dans le calme à Tours.

« Read the rest of this entry »

Hadopi ou la politique du pire

March 28, 2009 § Leave a comment

Note Ce billet est écrit au 56ème jour de grève des universités. Hier, un groupe d’une trentaine d’étudiants et d’enseignants-chercheurs a été placé en garde à vue à Marseille alors qu’ils se rendaient dans un parc public à l’occasion d’une visite du Premier Ministre. Hier aussi, le rectorat d’Orléans, qui était occupé par des étudiants et des enseignants-chercheurs, a été évacué par la force. Il y a deux semaines, un étudiant toulousain avait déjà perdu un œil suite à un tir direct de  flash-ball par les forces de l’ordre. La mobilisation continue. Le gouvernement refuse toujours de négocier.

Le projet de loi Albanel Création et Internet (ou Hadopi) part d’un principe simple : nombreux sont les utilisateurs d’Internet qui, par le biais de réseaux de partage, accèdent gratuitement à des pistes musicales et à des films ou/et mettent eux-mêmes à disposition des pistes musicales ou des films, sans l’accord des éditeurs et distributeurs. C’est ce que l’industrie musicale et cinématographique appelle, avec peut-être un peu de légèreté, du “piratage”, du “vol”, voire un “crime”. Pour mémoire, jusqu’à il y a quelques années, en informatique, le terme de “piratage” désignait l’action d’entrer par effraction virtuelle dans un système mal protégé, pour s’emparer de données confidentielles, saboter le système ou simplement s’amuser. Le terme de “vol”, lui, désignait l’action de priver un individu ou une entreprise d’une de ses possessions. Quant au terme de “crime”, on en usait essentiellement lorsqu’il y avait mort d’homme.

Cela dit, et malgré les abus de langage manifestes, il est vrai que les réseaux de partage permettent à leurs utilisateurs de disposer de biens virtuels contre la volonté de leurs distributeurs et sans contrepartie financière pour les distributeurs, les interprètes ou les auteurs. Face à ce problème, deux pistes ont été explorées. D’une part, la “licence globale”, qui consiste à voir Internet comme une immense bibliothèque, dans laquelle les créateurs et distributeurs sont rémunérés par une autorité centralisée, grâce à une taxe. D’autre part, les réponses dissuasives ou répressives, dont font partie la Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique, votée en juin 2004 et dont l’application a été délibérément laissée floue et à l’appréciation des juges, la loi DADVSI (Droits d’Auteur, Droits Voisin dans la Société de l’Information), votée en 2005 et jamais appliquée à ce jour, et maintenant le projet de loi Création et Internet, en cours de débat à l’Assemblée Nationale.

Ne le cachons pas, je suis fortement partisan de la licence globale, qui me semble une approche à la fois pratique, raisonnablement simple et à peu près morale, trois caractéristiques dont sont dépourvues les lois dissuasives/répressives.

Pour vous en convaincre, je vous propose d’explorer, à travers une suite de billets, les difficultés techniques, légales et morales de la loi Hadopi.

« Read the rest of this entry »

Where Am I?

You are currently browsing entries tagged with grève at Il y a du thé renversé au bord de la table.

Follow

Get every new post delivered to your Inbox.

Join 30 other followers