06.17.08
L’appel du 19 juin
Sans commentaires :
Au passage, je pense que ceci fera une bonne entrée pour le jeu permanent “En entendrons-nous parler ?” Ça y est, j’ai fini mon tour. Aux médias.
De l’actualité, de l’informatique, de l’enseignement, d’intenses réflexions et quelques autres absurdités
Sans commentaires :
Au passage, je pense que ceci fera une bonne entrée pour le jeu permanent “En entendrons-nous parler ?” Ça y est, j’ai fini mon tour. Aux médias.
Suite du jeu “en entendrons-nous parler ?”, commencé dans le billet précédent. Cette fois-ci, la question concerne les méchants employés de la SNCF, qui ne font rien qu’à prendre les usagers en otages, par opposition aux gentils camionneurs, qui eux organisent des opérations escargot.
Aujourd’hui, c’était le début des épreuves écrites du bac, le journal télévisé en a abondamment parlé. C’était aussi le jour d’une opération escargot que les sympathiques camionneurs ont décidé de ne commencer qu’après le début des épreuves. Ce point aussi a été abondamment mentionné par le journal télévisé. Et c’était aussi le jour d’une grève de la SNCF, qui n’a elle-même pas commencé avant 9h du matin, heure à laquelle les candidats étaient normalement tous face à leurs copies.
Donc, pour l’épreuve numéro deux de “En entendrons-nous parler ?”, je propose le sujet : entendrons-nous parler du fait que les employés de la SNCF n’a pas commencé elle non plus avant le début des écrits ?
Question subsidiaire : sachant que le journal télévisé a dit et répété que les camionneurs faisaient grève contre la hausse des prix du carburant (circonstance sur laquelle le gouvernement ne peut pas grand chose), le journal télévisé mentionnera-t-il la raison de la grève de la SNCF ? Pour information, il s’agissait de la défense des 35h, qui elle est liée à la politique du Parti au Pouvoir.
Tiens, j’ai décidé de me lancer dans un nouveau jeu. Je vais l’appeler “en entendrons-nous parler ?” C’est un jeu entre moi, le Parti au Pouvoir, les médias et l’actualité.
Voici les règles :
Un jeu simple mais je sens que je vais gagner assez souvent.
Allez, je commence : dans la nuit de vendredi à samedi, 650 écoles ont été occupées par des parents d’élèves, pour lutter contre les 11900 suppressions de poste décidées par le Parti au Pouvoir. L’occupation s’est faite, paraît-il, dans une ambiance bonne enfant, avec pyjamas et doudous. Pour plus de détails, je vous renvoie sur le site de la Nuit des Écoles.
Ça y est, j’ai fini de jouer. Au tour du journal télévisé et du Parti au Pouvoir.
P.S.: Au fait, mon blog a été ouvert il y a un an et trois jours. Du coup, ceci est aussi un billet de blog-anniversaire.
Lorsque vous lirez ces lignes, la première Academic Pride aura probablement déjà eu lieu. Une Academic Pride, oui, tout comme la Gay Pride et les autres défilés de minorités obscures, ou exploitées, ou ignorées,ou méprisées, ou ghettoïsées.
Alors pourquoi une Academic Pride ? Parce que l’université française est actuellement l’une des cibles directes du pouvoir en place. Parce que, malgré les habituels discours sur l’importance du Savoir et de la Recherche, malgré les références aux Lumières, l’université est en passe d’être sacrifiée sur l’autel de l’idéologie au pouvoir. “Sacrifiée” — non, l’image est peut-être trop forte. En fait, l’université est en passe d’être jetée d’un geste négligent, avec le collège et le lycée public, le baccalauréat et la politique culturelle, toutes ces vétustés qu’il est à la mode de condamner au nom de critères fantaisistes et de réformer à la va-vite et en dépit du bon sens.
Vous souvenez-vous des avions renifleurs ? En 1975, Aldo Bonassoli et Alain Villegas vendaient à Elf un dispositif miraculeux supposé détecter les gisements de pétrole depuis un avion. L’appareil se présentait comme une boîte noire, que le contrat interdisait d’ouvrir. En 1979, un physicien, Jules Horowitz, démontrait l’arnaque. Entre temps, 1 milliard de francs auront été engagés. Les conclusions de l’enquête resteront un secret d’état jusqu’à ce que le Canard Enchaîné dévoile le pot aux roses, en 1983. Quelque part en chemin, on mentionnera l’intervention de membres des services secrets français ou du haut clergé de l’Église Catholique, l’Union des Banques Suisses, Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre et la destruction de preuves par la Cour des Comptes.
Pourquoi mentionner une affaire qui date de 25 ans ? Parce que les boîtes noires reviennent, cette fois sous la forme de machines à voter.
La citation est de mémoire. C’était il y a moins de dix minutes, sur France 2. C’était Rachida Dati, en train d’annoncer que la rétention de sûreté allait s’appliquer rétroactivement, malgré le jugement du Conseil Constitutionnel.
C’est donc officiel, notre gouvernement vient d’introduire la possibilité d’enfermer à perpétuité et sans procès des individus supposés dangereux. Pour ceux qui n’ont pas suivi le débat, j’insiste sur les termes :
Le tout avec pour justification pseudo-légale un précédent appliqué en Allemagne en novembre 1933 et dont le Canard Enchaîné a publié les fac-similés, signés de la main d’Adolf Hitler. Certes, à cette date-là, l’Allemagne était encore une démocratie. Mais le premier camp de concentration avait ouvert ses portes 9 mois auparavant.
Jusqu’à présent, j’ai fait beaucoup d’efforts pour éviter le point Godwin et éviter de crier au fascisme à chaque mesure xénophobe, populiste et oligarchique. J’avoue avoir de plus en plus de mal. Je me dis que la mesure n’est peut-être pas pire que Guantanamo mais c’est assez peu réconfortant. Alors si un historien ou un historien du droit lit ce blog, j’aimerais savoir s’il y a d’autres précédents de ce genre de pratique dans une démocratie.
Parce que là, nous sommes confrontés à un gouvernement qui décide d’ignorer le Conseil Constitutionnel, c’est-à-dire la Constitution. Ce genre de pratiques porte un nom. Et flirter avec l’absolutisme n’est ni une activité saine, ni même un comportement acceptable.
J’avais initialement prévu un bel article sur la capacité de notre gouvernement à annoncer quelque chose, accuser ses adversaires politiques de lâcheté pour ne pas avoir pris la mesure correspondante, puis faire exactement le contraire. Et puis, avec l’actualité, j’ai changé d’avis et je me suis dit que j’allais recentrer le billet sur la manière dont notre Bon Président reprend la surenchère de provocation en se plaçant au-dessus de la volonté du peuple (avec le non-référendum sur l’Europe), de son statut de président (en portant plainte contre des journalistes), de la décence (avec son mariage surmédiatisé), de l’histoire des peuples (avec son appropriation de la Shoah) et maintenant de la Constitution (avec le contournement du Conseil Constitutionnel). J’aurais pu enchaîner sur les dangers que chacun de ses gestes fait courir à la démocratie française, à court ou long terme, et je le ferai peut-être une autre fois. Mais non, à chaque fois que j’ai commencé à rédiger, l’actualité m’avait dépassé et le temps que les premiers mots touchent le clavier, notre Président Scotch-Brite était déjà en train de secouer un autre hochet médiatique.
Ça donne le tournis, hein ?
Allez, allez, notre Président Bien-Aimé a tout prévu, même de quoi nous détendre, à l’occasion. Vous ne me croyez pas ? Alors je vous invite à jeter un œil à la dernière élégance publique en date, capturée au salon de l’agriculture par Le Parisien.fr.
Quelle importance, me demanderez-vous peut-être ? Bien entendu, il y a quelques secondes de rire ou de sourire sur le candidat qui, rappelons-le, insistait il y a environ un an sur la notion de respect, ou sur l’homme qui s’arroge le droit de décider seul de ce que les enfants doivent apprendre, à commencer par la politesse. Mais le plus intéressant n’est pas là. Le plus intéressant est de constater la chute de grâce de notre Président-Payé-à-l’Audimat. Il y a six mois, un tel écart aurait été promptement étouffé et n’aurait probablement trouvé d’écho que dans Le Canard Enchaîné ou Marianne. Aujourd’hui, Google News référence 317 articles de presse sur le sujet et Yahoo! News en voit 405.
Alors pourquoi ? Il y a quelques mois, nous étions nombreux à voir dans le comportement des médias une forme de censure : comment expliquer autrement le paysage composé entièrement d’articles élogieux au sujet du gouvernement ? Comment expliquer le silence presque total sur tous les sujets qui fâchent, des mouvements anti-LRU à la fronde de tous les corps médicaux, du manque de fonctionnaires à l’humiliation systématisée des candidats à l’immigration ?
Je ne prétendrai pas apporter une réponse univoque à cette question. On peut y voir une rébellion de journalistes qui rêvaient d’échapper à un contrôle trop pesant. On peut aussi imaginer que les fissures au sein de la Droite, qui apparaissent à peine un an après le début de cette Entente Cordiale de la Droite, se traduisent par une perte de cohérence dans le visage affiché aux médias ou dans les instructions qui peuvent leur être transmises. À l’inverse, on peut aussi supposer que c’est la pression d’une opinion publique déçue par la politique de “une promesse par jour” ou lassée de l’étalage de vie privée qui aura fait bouger la presse. Dans tous les cas, une époque de l’ère Sarkozy est révolue.
Mise-à-jour: Au sujet du comportement des médias vis-à-vis de Monsieur le Président, je ne peux que vous suggérer la très intéressante émission De la suite dans les idées de ce matin, que vous pouvez écouter pour quelques jours sous la forme d’un podcast.
Pardon ? Vous dites ? Oui, je sais. Au moment où j’aurai fini d’écrire ces quelques lignes, il aura probablement trouvé moyen d’insulter encore un ou deux pays démocratiques, de s’applatir devant encore une ou deux dictatures et de faire l’éloge des fragments les plus extrêmistes d’une religion. Mais bon, on fait ce qu’on peut.
Notre Président, qui a pourtant annoncé il y a six mois la suppression du collège unique, n’en finit pas de se servir de nos enfants pour faire passer sa parole civilisatrice.
Tenez, il y a quelques mois, notre Président Bien-Aimé (tm) entendait parler de Guy Môquet et décidait que la meilleure manière de garantir le civisme de nos enfants était de leur faire lire une lettre de résistant — et peu importe si Guy Môquait n’a jamais été un résistant, ou si la susdite lettre n’avait rien à voir avec la Résistance, le civisme ou la patrie. Non, tout ce qui importait était de trouver un instrument de pathétique pour faire pleurer dans les chaumières, pour crier haut et fort que le gouvernement entretenait la mémoire et le patriotisme et pour laisser ainsi planer doutes et soupçons sur ceux qui s’opposeraient à la mesure. Ce genre de manœuvre porte un nom : l’instrumentalisation.
Aujourd’hui, notre Président Bien-Aimé Quoique Débandé Et En Train De S’Attendre Au Pire Pour Les Élections a entendu parler de la Shoah. Alors on va garantir…euh… oui, on va entretenir la mémoire en confiant à chaque enfant le nom d’une victime de la Shoah. Total respect, monsieur le Président. Pour faire pleurer, c’est difficile de trouver plus fort. Pour la contestation, c’est encore mieux que Guy Môquet : vos adversaires politiques auront le choix entre laisser passer — et se faire taxer d’immobilisme ou d’obsolescence — ou contester — et ainsi prêter le flanc à des accusations d’antisémitisme ou du négationisme. Le seul parti qui pourrait se permettre une étiquette de ce genre, puisqu’il s’en nourrit, c’est celui du borgne, et ça servira encore le Gouvernement En Place. Un bel exemple d’instrumentalisation et de profanation.
Alors je ne sais pas pour vous, mais si jamais quelqu’un a la brillante idée, juste pour redorer son blason politique, de distribuer le nom d’un membre de ma famille mort assassiné, je porte plainte.
Et pendant ce temps-là, dans nos universités, des étudiants continuent à se faire expulser, juste pour remplir les quotas. Heureusement, la civilisation est sauve. Merci monsieur le Président.
En France, l’année 2008 commence fort. Entre la loi qui permettra de garder en prison indéfiniment des criminels après la fin de leur peine — on se demande de plus en plus à quoi sert la peine — la Mission Civilisatrice du Gouvernement en Place, béni soit-il, l’aide aux personnes âgées qui devient payante, la franchise médicale, la parade médiatico-nuptiale présidentielle, vacances de milliardaires à l’appui et, mon favori, des ministres notés sur des résultats selon des critères totalement idéologiques, il devient difficile de prendre encore le Gouvernement en Place au sérieux. Avec l’ersatz de IIIème République qui nous sert d’idéologie, j’attends d’un jour à l’autre l’apparition du bonnet d’âne au Conseil des Ministres.
Tenez, parmi les perles, j’ai entendu il y a quelques jours qu’une université devait être gérée comme une entreprise. Je n’arrive pas à retrouver la citation exacte, c’était à la radio, mais c’est dans la droite lignée de la loi LRU. C’est chouette, hein ? C’est brillant, c’est rutilant et, vu la manière dont sont gérées les entreprises françaises, ça ne peut que marcher.
On regarde ce que ça donne ?
Entendu ce matin à la radio : le CA de l’Université de Paris Dauphine augmente ses droits d’entrée. De combien ? Trois fois rien : 800 €. Oui, 800 €, soit de l’ordre de 2 à 3 mois de loyer étudiant ou de 1 mois de salaire en travaillant à mi-temps pour financer ses études. Nous arrivons donc à des droits d’inscription quelque part entre 1650 € et 3000 € selon la filière et le diplôme. Les justifications ? Une fac en faillite et un service paraît-il supérieur aux autres universités (plus d’heures par étudiant) et un diplôme labellisé Dauphine. Ah, et l’ouverture prévue d’un nouveau campus Dauphine prévu pour accueillir plus d’étudiants, payant plus cher.
La conséquence cette hausse des frais d’inscription ? Directement, il n’y en a pas. L’université Dauphine est une université pour riches, dont les droits d’inscription (illégaux jusqu’à présent) ont toujours empêché l’inscription des étudiants qui travaillent pour payer leurs études. Et indirectement ? Ah, indirectement, c’est autre chose : nous venons d’assister officiellement au lancement de la compétition (légale) entre universités. La décision du CA de Paris Dauphine nous prédit et nous prépare à des facs d’élite aux bons résultats, dans lesquelles se côtoieront les enfants de riches (droits d’entrée payés par papa) et quelques très bons étudiants (contraints, eux, à travailler pour avoir de bons résultats). Et ailleurs ? Ben les facs poubelles. C’est ce qu’on appelle l’“autonomie des universités”.
Ah, sans surprise, les enseignants, les chercheurs et les étudiants n’ont manifestement pas été consultés. La politique de civilisation vient encore de faire un grand pas vers l’avant.