03.30.09

Hadopi : Lettre à mon Député

Publié dans En français / In French, Recherche / Research, Société tagged , , , , , , , , , , , , , , à 9:16 par yoric

Note Ce billet est écrit au 58ème jour de grève des Universités. La ronde des obstinés tourne depuis plus de 160 heures sans interruptions. Le gouvernement refuse toujours de négocier. Un mail circule affirmant qu’une chercheuse de 57 ans a été passée à tabac et menacée jeudi dernier, derrière les locaux du CNRS, par des individus arborant des brassards “police”. L’événement, s’il est confirmé, est particulièrement inquiétant. Indépendamment de cela, je parle avec des gens dans la rue. Je leur parle d’universités et ils me répondent que la démocratie est en danger.

Le débat sur la loi Hadopi reprend aujourd’hui. J’ai décidé d’écrire à mon Député pour lui faire part de mon avis. je vous joins le contenu du mail.

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03.28.09

Hadopi ou la politique du pire

Publié dans En français / In French, Enseignement, Recherche / Research, Société tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , à 2:22 par yoric

Note Ce billet est écrit au 56ème jour de grève des universités. Hier, un groupe d’une trentaine d’étudiants et d’enseignants-chercheurs a été placé en garde à vue à Marseille alors qu’ils se rendaient dans un parc public à l’occasion d’une visite du Premier Ministre. Hier aussi, le rectorat d’Orléans, qui était occupé par des étudiants et des enseignants-chercheurs, a été évacué par la force. Il y a deux semaines, un étudiant toulousain avait déjà perdu un œil suite à un tir direct de  flash-ball par les forces de l’ordre. La mobilisation continue. Le gouvernement refuse toujours de négocier.

Le projet de loi Albanel Création et Internet (ou Hadopi) part d’un principe simple : nombreux sont les utilisateurs d’Internet qui, par le biais de réseaux de partage, accèdent gratuitement à des pistes musicales et à des films ou/et mettent eux-mêmes à disposition des pistes musicales ou des films, sans l’accord des éditeurs et distributeurs. C’est ce que l’industrie musicale et cinématographique appelle, avec peut-être un peu de légèreté, du “piratage”, du “vol”, voire un “crime”. Pour mémoire, jusqu’à il y a quelques années, en informatique, le terme de “piratage” désignait l’action d’entrer par effraction virtuelle dans un système mal protégé, pour s’emparer de données confidentielles, saboter le système ou simplement s’amuser. Le terme de “vol”, lui, désignait l’action de priver un individu ou une entreprise d’une de ses possessions. Quant au terme de “crime”, on en usait essentiellement lorsqu’il y avait mort d’homme.

Cela dit, et malgré les abus de langage manifestes, il est vrai que les réseaux de partage permettent à leurs utilisateurs de disposer de biens virtuels contre la volonté de leurs distributeurs et sans contrepartie financière pour les distributeurs, les interprètes ou les auteurs. Face à ce problème, deux pistes ont été explorées. D’une part, la “licence globale”, qui consiste à voir Internet comme une immense bibliothèque, dans laquelle les créateurs et distributeurs sont rémunérés par une autorité centralisée, grâce à une taxe. D’autre part, les réponses dissuasives ou répressives, dont font partie la Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique, votée en juin 2004 et dont l’application a été délibérément laissée floue et à l’appréciation des juges, la loi DADVSI (Droits d’Auteur, Droits Voisin dans la Société de l’Information), votée en 2005 et jamais appliquée à ce jour, et maintenant le projet de loi Création et Internet, en cours de débat à l’Assemblée Nationale.

Ne le cachons pas, je suis fortement partisan de la licence globale, qui me semble une approche à la fois pratique, raisonnablement simple et à peu près morale, trois caractéristiques dont sont dépourvues les lois dissuasives/répressives.

Pour vous en convaincre, je vous propose d’explorer, à travers une suite de billets, les difficultés techniques, légales et morales de la loi Hadopi.

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03.26.09

Les Alliés tentent de reprendre la Sorbonne

Publié dans Enseignement, Recherche / Research, Réforme des universités, Société tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , à 4:29 par yoric

Note : ce message est rédigé au 54ème jour de grève des enseignants-chercheurs. Le gouvernement refuse toujours de négocier sur les questions de fond.

Je cite :

Face à la mainmise du Rectorat sur la Sorbonne, armée de CRS et de vigiles privés, face à la politique répressive qu’il y mène, face à l’autisme du gouvernement, les enseignants-chercheurs des universités parisiennes ont décidé d’occuper pacifiquement et symboliquement la Sorbonne.

Un rassemblement festif de soutien a lieu en ce moment place de la Sorbonne : venez nombreux nous soutenir !

C’est en ce moment, c’est à la Sorbonne, les détails sont ici et les vidéos .

03.25.09

On-line interpreter for Batteries

Publié dans Enseignement, In English / En anglais, Informatique / Computer science, OCaml, Recherche / Research, batteries included tagged , , , , , , , à 8:57 par yoric

Note This entry is written on the 51st day of nationwide strike in French Universities and Research laboratories. Still no sign of negociation from the government. Liquidation of the system continues.

I am happy to announce that the repository version of OCaml Batteries Included now has a full-featured (and working) interpreter.

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03.18.09

La contre-contre-réforme contre-contre-contre-contre-réactionnaire, il n’y a que ça de vrai

Publié dans En français / In French, Enseignement, Recherche / Research, Réforme des universités, Société tagged , , , , , , , , , , , à 11:17 par yoric

Note À l’heure où j’écris ces lignes, les universités en sont à leur 44ème jour de grève et le gouvernement refuse toujours de négocier sur les questions de fond. Si le gouvernement s’obstine à insulter et à mentir plutôt qu’à négocier, et insiste pour liquider le système plutôt que d’écouter les propositions des grévistes, en fin d’année, on peut supposer qu’il n’y aura pas de diplômes universitaires. Ceci est aussi valable pour le baccalauréat.

C’est officiel : Internet importune le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Il faut dire que les blogs et les sites d’information mènent la vie dure aux réformes, en publiant de fréquents décryptages et en révélant de nombreuses informations que les médias classiques “oublient” parfois de mentionner. C’est ainsi qu’ont circulé les preuves de quelques mensonges gouvernementaux — les chiffres faux cités le 22 janvier lors du fameux discours sur la recherche et l’innovation (certains préfèreront l’appeler discours contre la recherche et l’innovation), l’accord tout à fait imaginaire entre les syndicats et le Ministère, annoncé par le porte-parole de l’Élysée, ou encore les concessions clamées par le Ministère, elles aussi largement imaginaires.

Alors que faire ? L’année dernière, le Ministère de l’Éducation Nationale lançait un appel d’offre sur la surveillance des blogs et des sites d’information. Cette année, l’Élysée et Matignon cherchent des stratégies pour “influencer sans apparaître” (et c’est le Figaro qui emploie l’expression, excusez du peu). En attendant, à en croire aussi bien le Figaro qu’Arrêt sur Images [1], le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche achète des encarts publicitaires sur Google [2].

Mais certains sont allés plus loin. Si lancez une requête “enseignant-chercheur” sur votre moteur de recherche favori, vous aurez la joie de voir apparaître après quelques pages le site « Enseignants chercheurs, le groupe des députés UMP vous donne la parole ! » Ne m’en voulez pas si je ne vous donne pas de lien direct, je ne voudrais pas contribuer à améliorer le classement de ce site, mais je trouve le concept particulièrement amusant. Le site a accumulé 57 commentaires un mois, ce qui me semble assez faible si je compare avec les 5373 messages qui attendent que je les lise sur l’une des listes de diffusion (modérée) d’enseignants-chercheurs en colère. Sur les 57 commentaires, beaucoup de matériel à troll, quelques idées pas idiotes mais que le gouvernement n’écoutera jamais (création d’une haute autorité qui pourrait être saisie par les enseignants-chercheurs lorsqu’ils estiment leur indépendance menacée, que ce soit par le gouvernement ou le secteur privé), et, pour autant que je puisse en juger, un seul message de soutien au gouvernement ou à l’UMP.

Bien entendu, le principal, sur c’est tout de même Jean-François Copé. Jean-François Copé qui invite au débat, Jean-François Copé qui signe des lettres, Jean-François Copé en video et en re-video, Jean-François Copé qui explique à ces niais d’enseignants-chercheurs pourquoi ils n’ont rien compris sur les réformes, tout ça. Ah, et quelques propositions (de Jean-François Copé) soumises pour « améliorer [...] sans remettre en cause les principes fondateurs de la loi ». Après tout, si Jean-François Copé pense pouvoir discuter (tout seul) en ignorant le fond du problème, pourquoi pas. Alors, un mois après la création de ce site, il en est où le Jean-François Copé ?

Tous ensemble derrière la réforme. Ou pas.

Tous ensemble derrière la réforme. Ou pas.

Allez, zéro votes, c’est pas si grave. Ce qui compte, après tout, c’est que les mesures ont recueilli « un très large consensus ». Tant pis si ce consensus ne rassemblait aucun des intéressés.  Deux ans après le vote de la loi, c’est le moment de commencer à les consulter, non ?

Et puis après tout, zéro votes, ça se guérit vite. Il suffirait que Jean-François Copé se prononce.

[1] « Enseignants-chercheurs : Pécresse achète des mots-clés sur Google. » Sophie Gindesperger, 17/03/2009, L’article est payant et il n’est pas possible de le lier directement.

[2] Je ne suis pas arrivé à reproduire la manœuvre, soit en raison de la configuration exotique que j’emploie, soit parce que la campagne aura été arrêtée en catastrophe, comme d’habitude.

03.13.09

Le gang des liquidateurs s’attaque encore aux étudiants

Publié dans Enseignement, Réforme des universités, Société tagged , , , , , , , , , , , , à 11:31 par yoric

Le système universitaire français est actuellement fondé sur la gratuité de l’enseignement supérieur et le versement d’allocations de bourse en faveur des étudiants issus de milieux modestes. Force est toutefois de constater que ce sont les enfants issus de milieux favorisés qui profitent du système public d’enseignement supérieur financé par la collectivité.

C’est probablement ce genre de raisonnement qui a conduit à proposer la LRU et à arrêter de financer les universités, juste histoire d’être certain que les “milieux favorisés” seront les seuls à profiter du système d’enseignement supérieur devenu essentiellement privé et financé par papa. En tout cas, c’est le raisonnement qui introduit une nouvelle proposition de loi déposée par l’UMP. En quoi consiste-t-elle ? Trois fois rien. Juste remplacer les bourses étudiantes par des prêts.

Vous pourrez trouver sur la première page de cette proposition de loi le nom des 92 élus qui estiment que le meilleur moyen de réduire les inégalités est de faire en sorte que seuls les jeunes qui visent des carrières bien rémunérées prennent le risque de s’endetter à vie pour pouvoir étudier. Moi, je retourne manifester.

Ah, pendant ce temps-là, l’Élysée est prise en flagrant délit de mensonge au sujet de la grève en cours. Tout va bien, vous n’en entendrez certainement pas parler ailleurs que sur le web.

03.09.09

Hadopi moins 1 jour

Publié dans En français / In French, Informatique / Computer science, Société tagged , , , , , , , , , , , , , à 9:46 par yoric

Pendant la grève de l’enseignement, pendant que la Sorbonne est assiégée protégée de nuit par 9 cars de CRS (il y en avait peut-être d’autres un peu plus loin, je ne sais pas), pendant que le gouvernement affirme tout haut avoir négocié avec les enseignants-chercheurs (un indice : pour appeler ça des négociations, il faut beaucoup d’imagination), pendant que les universités se vident d’enseignants, d’étudiants et de mobilier, pendant qu’on liquide le Palais de la Découverte, pendant que notre Président Bien-Aimé noyaute la CNIL avec des élus UMP, pendant que des CRS chargent des collégiens en sortie scolaire, et surtout pendant que TF1 et France Télévision tentent maladroitement de rattraper tant bien que mal les bourdes diverses et variées du susdit Président de la République Française [1], bref pendant que la pression monte, et bien l’Assemblée Nationale nous prépare pour la vitesse supérieure.

J’ai déjà dit ce que je pensais de la loi Hadopi, aussi connue sous le nom de Riposte graduée. Il s’agit d’une loi introduite au nom des éditeurs de musique et de films, dans l’objectif unique et avoué de protéger les gains de ces quelques entreprises. Comment ? Trois fois rien : en donnant un cadre légal pour mettre (tous) les internautes sur écoute et pour permettant à des entreprises privées de sanctionner les internautes sans avoir à attendre une décision légale — le ministère nous promet juste une administration essentiellement automatisée. Oui, vous avez bien lu, il s’agit d’un sous-tribunal régi par des machines. Et peu importe si tout ceci est absurde aussi bien technologiquement qu’humainement.

La loi Hadopi passe demain devant l’Assemblée Nationale.

Si tout se passe comme prévu, c’est encore une liberté qui disparaît.

Ma seule consolation ? Il y a beaucoup d’informaticiens qui ont de l’humour. Il y a fort à parier que, quelques jours après la mise en application de la loi, ce sera l’Élysée ou le siège de l’UMP qui sera condamné par le cyber-tribunal.

[1] On parie combien qu’ils sont en train de lui préparer un remplaçant, à notre Bien-Aimé Président ?