Le président m’écrit

September 10, 2007 § 7 Comments

Il y a quelques jours, le Président m’a écrit. Si, si. Il m’a écrit une lettre de huit pages (ou 31 pages écrites gros) dans laquelle il me résume un aspect de son plan pour sauver l’humanité. Ou peut-être que c’était juste la France, je ne suis pas certain d’avoir tout compris. Il en profite pour me donner un but dans la vie, ce qui est tout de même rudement chic de sa part.

Bien entendu, la lettre est écrite en xyloglotte, ce qui la rend un peu difficile à lire. Du coup, je me suis permis de vous mettre une traduction. La version originale, en xyloglotte, est en italique, ma traduction en caractères droits et entre guillemets. Notez qu’il s’agit d’un texte difficile, dans une langue elle-même fort ardue. Seul le texte originel fait donc foi.

 

 

Dot

 

Blois, le 4 septembre 2007

Mesdames, messieurs

A l’occasion de cette rentrée scolaire, la première depuis que j’ai été élu Président de la République, je souhaite vous parler de l’avenir de nos enfants.

 

Blois, le 4 septembre 2007

« Écoute, Yoric,
J’ai gagné, je suis le plus fort, maintenant, c’est moi qui commande. Voici ce que j’ai prévu pour les enfants des autres. »

Dot

Cet avenir, il est entre les mains de chacun d’entre vous qui avez en charge d’instruire, de guider, de protéger ces esprits et ces sensibilités qui ne sont pas encore complètement formés, qui n’ont pas atteint leur pleine maturité, qui se cherchent, qui sont encore fragiles, vulnérables. Vous avez la responsabilité d’accompagner l’épanouissement de leurs aptitudes intellectuelles, de leur sens moral, de leurs capacités physiques depuis leur plus jeune âge et tout au long de leur adolescence. Cette responsabilité est l’une des plus lourdes mais aussi des plus belles et des plus gratifiantes.

Aider l’intelligence, la sensibilité à s’épanouir, à trouver leur chemin, quoi de plus grand et de plus beau en effet ? Mais quoi de plus difficile aussi ? Car à côté de la fierté de voir l’enfant grandir, son caractère et son jugement s’affirmer, à côté du bonheur de transmettre ce que chacun a le sentiment d’avoir de plus précieux en lui, il y a toujours cette crainte de se tromper, de brider un talent, de freiner un élan, d’être trop indulgent ou trop sévère, de ne pas comprendre ce que l’enfant porte au plus profond de lui-même, ce qu’il éprouve, ce qu’il est capable d’accomplir.

Éduquer c’est chercher à concilier deux mouvements contraires : celui qui porte à aider chaque enfant à trouver sa propre voie et celui qui pousse à lui inculquer ce que soi-même on croit juste, beau et vrai.

« Tu vois, l’enseignement, c’est compliqué. Oui, c’est ton métier, mais je vais quand même t’expliquer ce que c’est, des fois que tu sois un peu demeuré. Et puis on va en profiter pour parler des jeunes par-dessus leur tête, mais c’est pas grave, parce que dans quelques mois, je ferai le contraire et je parlerai aux élèves en me moquant totalement des profs. Mais je m’égare. Je voulais commencer par expliquer que l’enseignement, c’est compliqué. La première chose à savoir, c’est qu’enseigner, c’est avant tout enseigner. »

Dot

Une exigence s’impose à l’adulte face à l’enfant qui grandit, celle de ne pas étouffer sa personnalité sans renoncer à l’éduquer. Chaque enfant, chaque adolescent a sa manière à lui d’être, de penser, de sentir. Il doit pouvoir l’exprimer. Mais il doit aussi apprendre.

 

Longtemps l’éducation a négligé la personnalité de l’enfant. Il fallait que chacun entrât dans un moule unique, que tous apprissent la même chose, en même temps, de la même manière. Le savoir était placé au dessus de tout. Cette éducation avait sa grandeur. Exigeante et rigoureuse, elle tirait vers le haut, elle amenait à se dépasser malgré soi.

 

L’exigence et la rigueur de cette éducation en faisait un puissant facteur de promotion sociale. Beaucoup d’enfants néanmoins en souffraient et se trouvaient exclus de ses bienfaits. Ce n’était pas parce qu’ils manquaient de talent, ni parce qu’ils étaient incapables d’apprendre et de comprendre mais parce que leur sensibilité, leur intelligence, leur caractère se trouvaient mal à l’aise dans le cadre unique que l’on voulait imposer à tous.

 

Par une sorte de réaction, depuis quelques décennies, c’est la personnalité de l’enfant qui a été mise au centre de l’éducation au lieu du savoir.

 

Accorder plus d’importance à ce que l’enfant a de particulier, à ce par quoi se manifeste son individualité, à son caractère, à sa psychologie, était nécessaire, salutaire. Il était important que tous soient mis en mesure de tirer le meilleur parti d’eux-mêmes, de développer leurs points forts, de corriger leurs faiblesses. Mais à trop valoriser la spontanéité, à trop avoir peur de contraindre la personnalité, à ne plus voir l’éducation qu’à travers le prisme de la psychologie, on est tombé dans un excès contraire. On ne s’est plus assez appliqué à transmettre.

 

Jadis il y avait sans doute dans l’éducation trop de culture et pas assez de nature. Désormais il y a peut-être trop de nature et plus assez de culture. Jadis on valorisait trop la transmission du savoir et des valeurs. Désormais, au contraire, on ne la valorise plus assez.

« Tu vois, je me suis renseigné. Avant mon arrivée, c’était un bordel pas possible. Il faut dire que les professeurs avaient longtemps été trop idiots pour remarquer que les enfants avaient une personnalité. Puis d’un coup, ils ont décidé que ce n’était plus la peine d’enseigner. Franchement, s’ils m’avaient demandé, moi, j’aurais pu leur dire. Ils seraient pas un petit peu stupides, ces profs ?»

Dot

L’autorité des maîtres s’en est trouvée ébranlée. Celle des parents et des institutions aussi.

 

La culture commune qui se transmettait de génération en génération tout en s’enrichissant de l’apport de chacune d’entre elles s’est effritée au point qu’il est plus difficile de se parler et de se comprendre.

 

L’échec scolaire a atteint des niveaux qui ne sont pas acceptables.

 

L’inégalité devant le savoir et devant la culture s’est accrue, alors même que la société de la connaissance imposait partout dans le monde sa logique, ses critères, ses exigences. Les chances de promotion sociale des enfants dont les familles ne pouvaient pas transmettre ce que l’école ne transmettait plus se sont réduites.

« La merde actuelle, c’est de leur faute. Si les jeunes sont de moins en moins cultivés, si les enseignants ont de moins en moins d’autorité, si la police a de plus en plus de difficultés, c’est leur faute. Rien à voir avec les scandales politiques et économiques, la culture dominée par le divertissement, la consommation et la facilité ou encore la hausse du taux de chômage qui fait perdre à beaucoup tout espoir de s’en sortir par l’éducation. Et les difficultés rencontrées par les professeurs ne sont dues qu’à eux et à Mai 68. Rien à voir avec la diminution des effectifs, les budgets rognés, l’allègement constant des programmes, l’utilisation régulière des profs en tant que bouc-émissaires sociaux soi-disant privilégiés ou les directives du gouvernement selon lesquelles il faut de plus en plus brader le bac. Rien à voir, je te dis, tout ça, c’est la faute aux profs. »

Dot

Il serait vain pourtant de chercher à ressusciter un âge d’or de l’éducation, de la culture, du savoir qui n’a jamais existé. Chaque époque suscite des attentes qui lui sont propres.

« Tu vas voir, j’ai un plan. »

Dot

Nous ne referons pas l’école de la IIIème République, ni celle de nos parents, ni même la nôtre. Ce qui nous incombe c’est de relever le défi de l’économie de la connaissance et de la révolution de l’information.

 

Ce que nous devons faire c’est poser les principes de l’éducation du XXIe siècle qui ne peuvent pas se satisfaire des principes d’hier et pas d’avantage de ceux d’avant-hier.

 

Que voulons-nous que deviennent nos enfants ? Des femmes et des hommes libres, curieux de ce qui est beau et de ce qui est grand, ayant du coeur et de l’esprit, capables d’aimer, de penser par eux-mêmes, d’aller vers les autres, de s’ouvrir à eux, capables aussi d’acquérir un métier et de vivre de leur travail.

 

Notre rôle n’est pas d’aider nos enfants à rester des enfants, ni même à devenir de grands enfants, mais de les aider à devenir des adultes, à devenir des citoyens. Nous sommes tous des éducateurs.

« J’ai pas d’enfants, j’ai jamais connu d’enfants ou d’adolescents, les seuls jeunes avec lesquels j’ai parlé portent des cravates, j’ai jamais été prof, mais j’ai un business-model à vous imposer. Alors je vais vous expliquer l’enseignement du XXIème siècle.»

Dot

Éduquer c’est difficile. Souvent il faut recommencer pour parvenir au but. Il ne faut jamais se décourager. Ne Jamais craindre d’insister. Il y a chez chaque enfant un potentiel qui ne demande qu’à être exploité. Chaque enfant a une forme d’intelligence qui ne demande qu’à être développée. Il faut les chercher. Il faut les comprendre. Tout autant qu’une exigence vis-à-vis de l’enfant, l’éducation est une exigence de l’éducateur vis-à-vis de lui-même.

 

Le but n’est ni de se contenter d’un minimum fixé à l’avance, ni de submerger l’enfant sous un flot de connaissances trop nombreuses pour qu’il soit en mesure d’en maîtriser aucune. Le but c’est de s’efforcer de donner à chacun le maximum d’instruction qu’il peut recevoir en poussant chez lui le plus loin possible son goût d’apprendre, sa curiosité, son ouverture d’esprit, sons sens de l’effort. L’estime de soi doit être le principal ressort de cette éducation.

 

Donner à chacun de nos enfants, à chaque adolescent de notre pays l’estime de lui-même en lui faisant découvrir qu’il a des talents qui le rendent capable d’accomplir ce qu’il n’aurait pas cru de lui-même pouvoir accomplir : telle est à mes yeux la philosophie qui doit sous-tendre la refondation de notre projet éducatif.

Nous devons à nos enfants le même amour et le même respect que nous attendons d’eux. Cet amour et ce respect que nous leur devons exigent que nos relations avec eux ne soient empreintes d’aucune forme de renoncement ni de démagogie. Parce que nous aimons et respectons nos enfants, l’éducation que nous leur donnons doit les élever et non les rabaisser. Parce que nous aimons et respectons nos enfants nous ne pouvons pas accepter de renoncer à les éduquer à la première difficulté rencontrée. Ce n’est pas parce que l’enfant a du mal à se concentrer, parce qu’il n’apprend pas vite ou qu’il ne retient pas facilement ses leçons qu’il doit être privé de ce trésor de l’instruction sans lequel il ne pourra jamais devenir un homme vraiment libre.

« Comme je le mentionnais plus haut, enseigner, c’est enseigner… »

Dot

Parce que nous aimons et respectons nos enfants, nous avons le devoir de leur apprendre à être exigeants vis-à-vis d’eux-mêmes. Nous avons le devoir de leur apprendre que tout ne se vaut pas, que toute civilisation repose sur une hiérarchie des valeurs, que l’élève n’est pas l’égal du maître. Nous avons le devoir de leur apprendre que nul ne peut vivre sans contrainte et qu’il ne peut y avoir de liberté sans règle. Quels éducateurs serions-nous si nous n’apprenions pas à nos enfants à faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal, entre ce qui est autorisé et ce qui est interdit ? Quels éducateurs serions-nous si nous n’étions pas capables de sanctionner nos enfants quand ils commettent une faute ? L’enfant s’affirme en disant non. On ne lui rend pas service en lui disant toujours oui. Le sentiment de l’impunité est une catastrophe pour l’enfant qui teste sans cesse les limites que lui impose le monde des adultes. On n’éduque pas un enfant en lui laissant croire que tout lui est permis, qu’il n’a que des droits et aucun devoir. On ne l’éduque pas en lui laissant croire que la vie n’est qu’un jeu ou que la mise en ligne de toutes les connaissances du monde le dispense d’apprendre. Les technologies de l’information doivent être au coeur de la réflexion sur l’éducation du XXIe siècle. Mais il ne faut pas perdre de vue que la relation humaine entre l’éducateur et l’enfant reste essentielle et que l’éducation doit aussi inculquer à l’enfant le goût de l’effort, lui faire découvrir comme une récompense la joie de comprendre après le long travail de la pensée.

 

Récompenser le mérite, sanctionner la faute, cultiver l’admiration de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est vrai, de ce qui est profond, et la détestation de ce qui est mal, de ce qui est injuste, de ce qui est laid, de ce qui est petit, de ce qui est mensonger, de ce qui est superficiel, de ce qui est médiocre, voilà comment l’éducateur rend service à l’enfant dont il a la charge et comment il lui exprime le mieux l’amour et le respect qu’il lui porte.

«…mais enseigner, c’est aussi enseigner. Heureusement que je suis là, sans moi, les professeurs et les parents ne se rendraient jamais compte que l’enseignement passe par les récompenses et les punitions. Grâce à cela, nous arriverons à fonder l’école de la IIIe République. »

 

Dot

Le respect, justement, ce devrait être le fondement de toute éducation. Respect du professeur vis-à-vis de l’élève, des parents vis-à-vis de l’enfant, respect de l’élève pour le professeur, de l’enfant pour ses parents, respect des autres et respect de soi-même, voilà ce que l’éducation doit produire. S’il n’y a plus assez de respect dans notre société c’est d’abord, j’en suis convaincu, un problème d’éducation.

 

Je souhaite que nous reconstruisions une éducation du respect, une école du respect. Je souhaite que nos enfants apprennent la politesse, l’ouverture d’esprit, la tolérance, qui sont des formes du respect.

 

Je souhaite que les élèves se découvrent lorsqu’ils sont à l’école et qu’ils se lèvent lorsque le professeur entre dans la classe, parce que c’est une marque de respect.

« Les professeurs, je te le disais, ont à eux seuls sapé le respect des élèves et donc de toute la société. Alors que, dans le monde tel que je le vois, les profs doivent respecter les élèves et les élèves doivent respecter les profs. Les parents doivent respecter les enfants et les enfants doivent respecter les parents. Bien entendu, les élèves, eux, n’ont pas besoin du respect de la Société et les professeurs n’ont besoin ni du respect de la Société, ni de celui des parents. »

Dot

Je souhaite qu’on apprenne à chacun d’entre eux à respecter le point de vue qui n’est pas le sien, la conviction qu’il ne partage pas, la croyance qui lui est étrangère, qu’on lui fasse comprendre à quel point la différence, la contradiction, la critique loin d’être des obstacles à sa liberté sont au contraire des sources d’enrichissement personnel.

 

Être bousculé dans ses habitudes de pensée, dans ses certitudes, être obligé d’aller vers l’autre, de s’ouvrir à ses arguments, à ses sentiments, de le prendre au sérieux est une incitation à s’interroger sur ses propres convictions, sur ses propres valeurs, à se remettre en cause, à faire un effort sur soi-même, donc à se dépasser. C’est la raison pour laquelle nous devons conserver, même si nous devons le rénover, notre modèle d’école républicaine qui brasse toutes les origines, toutes les classes sociales, toutes les croyances, et qui s’impose de rester neutre face aux convictions religieuses, philosophiques ou politiques de chacun en les respectant toutes.

« La IIIe République avait tout compris. L’éducation va rester un instrument de l’intégration et du pouvoir. »

Dot

Ce modèle s’est affaibli, ses principes ne sont plus assez respectés. Si je souhaite aller progressivement vers la suppression de la carte scolaire, c’est précisément pour qu’il y ait moins de ségrégation.

 

Si je souhaite réformer le collège unique, c’est pour que chacun puisse y trouver sa place, pour que les différences de rythmes, de sensibilités, de caractères, de formes d’intelligence soient mieux prises en compte de façon à donner à chacun une plus grande chance de réussir.

 

Si je souhaite que les enfants handicapés puissent être scolarisés comme tous les autres enfants, ce n’est pas seulement pour faire le bonheur des enfants handicapés mais aussi pour que les autres enfants s’enrichissent de cette différence.

« Nous allons supprimer la ségrégation en réservant les pires écoles à ceux qui ne peuvent pas se permettre d’aller dans les meilleures. Comme je te l’expliquerai plus loin, je vais liquider le collège au profit du privé pour qu’on évite d’investir trop d’argent dans des pauvres qui finiront au mieux à l’usine. Et je vais faire jouer les violons pour les enfants handicapés pendant que nous allons faire des économies en supprimant les installations appropriées dont ils ont besoin. »

 

Dot

Si je veux que l’école, par-dessus tout, demeure laïque, c’est parce que la laïcité est à mes yeux un principe de respect mutuel et parce qu’elle ouvre un espace de dialogue et de paix entre les religions, parce qu’elle est le plus sûr moyen de lutter contre la tentation de l’enfermement religieux. Au risque de la confrontation religieuse qui ouvrirait la voie à un choc des civilisations, qu’avons-nous de mieux à opposer que quelques grandes valeurs universelles et la laïcité ?

« À l’extérieur de l’école, je vais continuer à jouer sur le communautarisme pour asseoir mon pouvoir. Par contre, à l’intérieur de l’école, je vais essayer de rattraper un peu les choses en insistant sur la laïcité. »

 

Dot

Pour autant, je suis convaincu qu’il ne faut pas laisser le fait religieux à la porte de l’école. La genèse des grandes religions, leurs visions de l’homme et du monde doivent être étudiées, non, bien sûr, dans un quelconque esprit de prosélytisme, non dans le cadre d’une approche théologique, mais dans celui d’une analyse sociologique, culturelle, historique qui permette de mieux comprendre la nature du fait religieux. Le spirituel, le sacré accompagnent de toute éternité l’aventure humaine. Ils sont aux sources de toutes les civilisations et l’on s’ouvre plus facilement aux autres, on dialogue plus facilement avec eux quand on les comprend.

« Je vais ajouter à l’arsenal de contrôle des cours laïcs de religion, tout droit importés du système anglo-saxon. On verra bien qui formera les enseignants à donner ces cours. » [NdT: Malgré le ton de ma traduction, je suis plutôt d’accord avec ce point précis.][Mais je me demande vraiment qui va former les enseignants à ces postes-clé.]

 

Dot

Mais l’apprentissage de la différence ne doit pas conduire à négliger la participation à une culture commune, à une identité collective, à une morale partagée. Eduquer c’est éveiller la conscience individuelle et la hausser par paliers jusqu’à la conscience universelle, c’est faire que chacun se sente une personne unique et en même temps partie prenante de l’humanité tout entière. Entre les deux il y a quelque chose d’essentiel que nulle éducation ne peut contourner. Entre la conscience individuelle et la conscience universelle il y a, pour nous Français, la conscience nationale et la conscience européenne.

 

Entre la conscience de l’appartenance au genre humain et la conscience d’une destinée individuelle, l’éducation doit aussi éveiller des consciences civiques, former des citoyens. Nos enfants ne seront jamais des citoyens du monde si nous ne sommes pas capables d’en faire des citoyens français et des citoyens européens.

 

La famille joue bien sûr un rôle essentiel dans la transmission de l’identité nationale. Mais c’est l’école qui est le creuset. En parlant de l’école je ne pense pas seulement à l’instruction civique dont l’enseignement doit retrouver une place de premier plan à l’école primaire, au collège et au lycée. Je ne pense pas seulement à la transmission de valeurs morales comme les droits de l’Homme, l’égalité de l’homme et de la femme ou la laïcité qui sont au coeur de notre identité. Je pense aussi aux valeurs intellectuelles, à une façon qui nous est propre de penser, de réfléchir. Je pense à cette tradition française de la pensée claire, à ce penchant si français pour la raison universelle qui est dans notre philosophie, dans notre science, mais qui est aussi dans notre langue, dans notre littérature, dans notre art.

 

Face à la menace d’aplatissement du monde, notre devoir est de promouvoir la diversité culturelle. Ce devoir nous impose de défendre d’abord notre propre identité, d’aller puiser ce qu’il y a de meilleur dans notre tradition intellectuelle, morale, artistique et de le transmettre à nos enfants pour qu’ils le maintiennent vivant pour tous les hommes. Car les héritages de toutes les cultures, de toutes les civilisations appartiennent à toute l’humanité. Nous sommes nous-mêmes les héritiers de toutes les conquêtes, de toutes les créations de l’esprit humain. Nous sommes les héritiers de toutes les grandes civilisations qui ont contribué à la fécondation réciproque des cultures qui est en train d’engendrer la première civilisation planétaire.

 

Ouvrir nos enfants à l’universel, au dialogue des cultures, ce n’est pas un reniement de ce que nous sommes. C’est un accomplissement. De tout temps la France a placé l’universalisme au coeur de sa pensée et de ses valeurs. De tout temps, la France s’est regardée comme l’héritière de toutes les cultures qui dans le monde ont apporté leur contribution à l’idée d’humanité.

« Dans la grande tradition de la IIIème République, à travers l’école, je vais réécrire l’histoire de la France et du Monde pour faire de la France un pays idéal et conforme à mes idéaux. »

 

Dot

 

 

Nous devons remettre la culture générale au coeur de notre ambition éducative. Naturellement l’horizon de cette culture générale ne doit pas être une accumulation sans fin de connaissances, mais un savoir réfléchi, ordonné, maîtrisé. Il ne faut chercher ni l’exhaustivité ni la quantité, mais viser l’essentiel et la qualité, mettre en relation les différents champs de l’intelligence humaine pour permettre à chaque enfant, à chaque adolescent de se construire sa propre vision du monde. Pour la première fois dans l’histoire les enfants savent beaucoup de choses que leurs parents ne savent pas. Mais il faut structurer ce savoir en culture, l’éclairer de tout l’héritage de la sagesse et de l’intelligence humaines.

« La culture générale est une chose fondamentale, surtout lorsqu’elle n’est pas trop générale. »

 

Dot

Il ne faut pas cloisonner, isoler, opposer les différentes formes de savoir. L’enseignement par discipline doit demeurer parce que chacune a sa logique propre, parce que c’est le seul moyen d’aller au fond des choses. Mais il faut le compléter par une vision d’ensemble, par une mise en perspective de chaque discipline par rapport à toutes les autres. Par-dessus les catégories traditionnelles de la connaissance, je suis convaincu qu’il nous faut maintenant tisser la trame d’un nouveau savoir, fruit de la combinaison, du mélange, de la fécondation réciproque des disciplines.

« Enseigner, c’est enseigner. Il faut que je vous le répète combien de fois ? »

 

Dot

Je ne suis pas pour le manuel unique,

« Tu vas voir, j’ai un plan. Tu vas être dégoûté, mais il faut que tu lises ma lettre jusqu’au bout pour savoir de quoi je parle. »

 

Dot

je ne suis pas pour la globalisation du savoir qui mène à la confusion. Mais je crois que l’interdisciplinarité doit trouver sa place très tôt dans notre enseignement parce que l’avenir est au métissage des savoirs, des cultures, des points de vue. Je crois que là se trouve l’une des clés de notre Renaissance intellectuelle, morale et artistique. La culture générale, elle doit être une préoccupation constante.

« Maintenant, répétez après moi : Président, sauve la France, Président, sauve la France, Président, sauve la France !»

 

Dot

Et quand nos enfants apprennent des langues étrangères, et je souhaite qu’ils en apprennent obligatoirement au moins deux en plus du Français,

« Jusqu’à présent, certains élèves apprenaient deux langues étrangères. Certains n’apprenaient aucune langue étrangère. Et certains, qui avaient des difficultés, apprenaient une seule langue dans laquelle ils avaient droit à des cours supplémentaires dits “renforcés”. Nous allons supprimer cette dernière catégorie. Ceux qui ne sont pas capables d’apprendre deux langues n’en apprendront aucune. »

 

Dot

il faut que cet apprentissage soit aussi un apprentissage de culture et de civilisation. Je souhaite que nos enfants apprennent les langues à travers la littérature, le théâtre, la poésie, la philosophie, la science.

 

 

« À ce propos, je souhaiterais préciser mon discours : enseigner les langues, c’est enseigner les langues. »

Dot

Affirmer l’importance de la culture générale dans l’éducation où elle a tant reculé au profit d’une spécialisation souvent excessive et trop précoce, c’est affirmer tout simplement que le savant, l’ingénieur, le technicien ne doit pas être inculte en littérature, en art, en philosophie et que l’écrivain, l’artiste, le philosophe ne doit pas être inculte en science, en technique, en mathématiques.

L’idée que celui qui se destinerait aux sciences n’aurait rien à faire de la poésie, du théâtre ou de la philosophie est une idée que je trouve absurde. L’idée que l’enfant de famille modeste, celui qui est né dans l’un de ces quartiers difficiles qui accumulent les handicaps, le fils ou la fille de l’employé, de l’ouvrier n’aurait pas besoin d’être confronté aux grandes oeuvres de l’esprit humain, qu’il ne serait pas capable de les apprécier, que lui apprendre à lire, écrire et compter serait bien suffisant, est pour moi l’une des plus grandes marques du mépris.

« Je t’explique : si tu continues à lire ma lettre, tu vas te rendre compte que je suis sur le point d’introduire l’arsenal administratif nécessaire pour qu’on puisse officiellement faire de la discrimination dans l’Éducation Nationale à tous les niveaux. Mais ça ne m’empêche pas de me sentir insulté au nom des gens qui vont en pâtir. »

 

 

Dot

 

Si tant d’adolescents n’arrivent pas à exprimer ce qu’ils ressentent, si tant de jeunes dans notre pays n’arrivent plus à exprimer leurs émotions, leurs sentiments, à les faire partager, à trouver les mots de l’amour ou ceux de la douleur, si beaucoup d’entre eux n’arrivent plus à s’exprimer que par l’agressivité, par la brutalité, par la violence, c’est peut-être aussi parce qu’on ne les a pas initiés à la littérature, à la poésie, ni à aucune des formes d’art qui savent exprimer ce que l’homme a de plus émouvant, de plus pathétique, de plus tragique en lui.

A l’époque de la vidéo, du portable, d’internet, de la communication immédiate, nos enfants n’ont pas moins besoin de culture générale mais davantage. Ils ont davantage besoin de capacités d’analyse, d’esprit critique, de repères. Plus le monde produit de connaissances, plus il produit d’informations, plus il produit de techniques, plus est forte l’exigence de culture pour celui qui veut rester libre, qui veut maîtriser son destin. Dans le monde tel qu’il est, avec ses sollicitations de plus en plus nombreuses et prenantes, nos enfants ont besoin de plus d’humanisme et de plus de science. Sur ces deux terrains, nous avons trop cédé.

A rebours de nos traditions intellectuelles, la culture humaniste s’étiole et la culture scientifique régresse. Il nous faut nous battre sur les deux fronts, donner tôt aux enfants le goût de la lecture, de l’Art et de la science.

« Les profs sont coupables des violences en banlieue. Alors que moi, je ne suis pas l’homme du kärcher, mais celui de l’humanisme, de la science, de la Renaissance. »

Dot

Mais il nous faut revoir notre façon de transmettre. Trop longtemps, la passivité de l’enfant qui reçoit le savoir fut de mise dans notre éducation. On a sans doute trop critiqué l’apprentissage par coeur qui a son utilité dans l’entraînement de la mémoire. Et qui peut se plaindre d’avoir gravé dans son souvenir quelques fables de La Fontaine ou quelques vers de Verlaine ou d’avoir appris à se repérer dans la chronologie de l’histoire de France ou dans la géographie du monde, d’avoir récité les tables de multiplication et les formules usuelles de l’arithmétique et de géométrie ? Mais la culture véritable exige davantage que la récitation. Elle ne s’installe en profondeur qu’à travers l’éveil de la conscience, de l’intelligence, de la curiosité. Il faut amener l’enfant à s’interroger, à réfléchir, à prendre de la distance, à réagir, à douter et à découvrir par lui-même les vérités qui lui serviront durant toute sa vie.

Notre éducation doit devenir moins passive, moins mécanique. Elle doit aussi réduire la place excessive qu’elle donne trop souvent à la doctrine, à la théorie, à l’abstraction devant lesquelles beaucoup d’intelligences se rebutent et se ferment. Il nous faut faire une place plus grande à l’observation, à l’expérimentation, à la représentation, à l’application. Je suis convaincu que de cette façon on intéressera davantage un plus grand nombre d’enfants et que l’échec scolaire s’en trouvera réduit. Cela vaut pour les sciences, comme pour les humanités ou pour les arts.

« Répétez après moi : enseigner, c’est enseigner. » [NdT : Il se peut que Nicolas, dans sa lettre, confonde quelque peu sur les dates, et fasse référence à l’époque bourbakiste. Cette ère s’est achevée il y a un peu moins de quarante ans, c’est-à-dire un peu après que Nicolas fût sorti du lycée.]

Dot

Pour que le savoir devienne plus vivant, plus concret, il faut ouvrir davantage le monde de l’éducation sur les autres mondes, ceux de la culture, de l’art, de la recherche, de la technique et, bien sûr, sur le monde de l’entreprise qui sera celui dans lequel la plupart de nos enfants vivront un jour leur vie d’adulte.

Il faut que nos enfants rencontrent des écrivains, des artistes, des chercheurs, des artisans, des ingénieurs, des entrepreneurs qui leur feront partager leur amour de la beauté, de la vérité, de la découverte, de la création. Des liens doivent être tissés entre les institutions culturelles, les centres de recherche, le monde de l’édition, des entreprises et les écoles, les collèges, les lycées.

Il ne faut pas que les enfants restent enfermés dans leur classe. Très tôt, ils doivent aller dans les théâtres, les musées, les bibliothèques, les laboratoires, les ateliers. Très tôt ils doivent être confrontés aux beautés de la nature et initiés à ses mystères. C’est dans les forêts, dans les champs, dans les montagnes ou sur les plages que les leçons de physique, de géologie, de biologie, de géographie, d’histoire mais aussi la poésie, auront souvent le plus de portée, le plus de signification. Il faut apprendre à nos enfants à regarder aussi bien le chef d’oeuvre de l’artiste que celui de la nature. Pas plus qu’il ne faut hésiter à les mettre en contact avec les grandes oeuvres de l’esprit humain et avec ceux qui les maintiennent vivantes.

« Cela dit, il faut peut-être un peu moins de professeurs. Après tout, n’importe qui pourrait faire aussi bien, non ?»

 

Dot

 

Nos enfants ne seront pas tous musiciens, poètes, scientifiques, ingénieurs ou artisans dans les métiers d’art. Mais à l’enfant qui ne sera jamais musicien, il ne faut pas renoncer à donner le goût de la musique. A l’enfant qui ne sera jamais poète, l’amour de la poésie. A l’enfant qui ne sera jamais chercheur, le goût de la rigueur scientifique et la passion de chercher. A l’enfant qui ne sera jamais artisan, l’amour du travail bien fait, du beau geste, de la technique accomplie.

« Je ne sais plus si je l’ai déjà dit, mais j’ai la ferme conviction qu’enseigner, c’est enseigner. Et vous avez besoin de moi pour vous le dire.»

 

Dot

 

Cela vaut pour tous les enfants, tous les adolescents, quelles que soient leurs origines, leur milieu social, qu’ils soient élèves dans l’enseignement général ou dans l’enseignement professionnel. Car c’est un autre des défauts de notre éducation traditionnelle que d’opposer ce qui est manuel à ce qui est intellectuel. Cloisonnement absurde qu’il faut briser pour que les filières professionnelles soient reconnues comme des filières d’excellence au même titre que les autres.

« Arrêtons d’avoir honte d’envoyer nos enfants dans des filières professionnelles. Les Anglo-Saxons et les Allemands font ça et ne s’en portent pas plus mal. » [NdT: Et ils ont bien raison.]

 

 

Dot

Il est une autre opposition encore qu’il nous faut dépasser : celle du corps et de l’esprit. L’éducation est un tout. Elle doit être théorique autant que pratique, intellectuelle autant que physique, artistique autant que sportive. La place faite au sport est encore insuffisante. L’enfant a besoin de se dépasser. Mais le sport est aussi une école du respect des autres, du respect de la règle, de la loyauté et du dépassement de soi. Je crois à la valeur éducative du sport. Non seulement le sport doit prendre plus d’importance à l’école, mais il faut aussi que le monde du sport et celui de l’éducation s’ouvrent davantage l’un sur l’autre, qu’entre les institutions sportives et les institutions éducatives aussi les liens soient resserrés, qu’entre les sportifs et les enseignants la coopération s’établisse pour le plus grand bien de nos enfants.

Comprenez-moi bien, il ne s’agit pas dans mon esprit d’alourdir encore les horaires d’enseignement qui sont déjà trop lourds. Il ne s’agit pas d’ajouter encore des enseignements nouveaux à une liste déjà trop longue. Dans mon esprit, il s’agit au contraire, de redonner à nos enfants le temps de vivre, de respirer, d’assimiler ce qui leur est enseigné.

« Tu te souviens de mon programme ambitieux pour la culture générale ? Eh bien, en plus de supprimer des enseignants, de ne pas les augmenter, de continuer à les traiter comme des boucs émissaires, et, comme je le détaillerai plus loin, de diminuer les moyens accordés à ceux qui en ont le plus besoin, je vais supprimer des heures d’enseignement. Par magie, les élèves apprendront plus et mieux. »

 

 

Dot

Ce qu’il nous faut retrouver, c’est la cohérence du projet éducatif. Elle passe naturellement par la remise à plat des rythmes et des programmes scolaires qui est devenue nécessaire après des décennies où l’école s’est trouvée confrontée à une masse croissante d’exigences contradictoires et à des tensions et des attentes de plus en plus fortes au fur et à mesure que la cohésion sociale devenait plus fragile. Retrouver une cohérence à l’intérieur de chaque discipline, mais aussi entre les discipline et avec les attentes de la société, retrouver un fil directeur dans l’éducation, lui fixer des principes, des objectifs, des critères simples. Voilà ce que nous avons d’abord à faire. En même temps, il nous faut élever le niveau d’exigence, non pas en quantité mais en qualité.

« J’ai des instructions précises pour vous. »

Dot

Au lieu de mettre en place une sélection brutale à l’entrée de l’université qui serait une solution malthusienne, il nous faut élever progressivement le niveau d’exigence à l’école primaire, puis au collège et au lycée. Nul ne doit entrer en 6e s’il n’a pas fait la preuve qu’il était capable de suivre l’enseignement du collège. Nul ne doit entrer en seconde s’il n’a pas fait la preuve qu’il était capable de suivre l’enseignement du lycée et le baccalauréat doit prouver la capacité à suivre un enseignement supérieur. Ce sera un long travail qui ira de la reconstruction de l’école primaire à celle du lycée.

« Pour le moment, on ne touche pas à la fac. Les étudiants et les enseignants ont déjà montré avec le CPE que c’était dangereux et je tiens à mon deuxième mandat. Par contre, on va peut-être réintroduire le certificat, on va peut-être augmenter le niveau du brevet des collèges et on va peut-être augmenter le niveau du baccalauréat. Ou pas. Comme, de toute manière, je vais supprimer le collège unique, il y a des chances que ce soit du vent. Dans ce cas, de toute manière, ce sera la faute des professeurs.»

DotMais il est vital pour l’avenir de notre jeunesse et donc de notre pays.

« Tous en cœur : Président, sauve la France ! »

Dot Donner le maximum à chacun au lieu de se contenter de donner le minimum à tous. Voilà comment je souhaite que nous prenions désormais le problème de l’éducation et particulièrement celui de l’école.

« J’ai un nouveau slogan, qui devrait me durer quelques années. »

Dot

Cette refondation de notre éducation, elle ne pourra être accomplie qu’avec le concours de tous les éducateurs. La volonté politique ne peut suffire à elle seule. C’est pourquoi je m’adresse à vous.

Quand je dis ” tous les éducateurs “, je veux dire que le but ne sera pas atteint seulement avec l’aide des professeurs ou seulement avec l’aide des parents. Ce ne peut-être que l’oeuvre commune de tous les éducateurs travaillant ensemble.

Il faut pour que nous réussissions que chacun d’entre vous se fasse un devoir de travailler avec les autres. Entre le père, la mère, le professeur, le juge, le policier, l’éducateur social, et tous ceux qui sont en contact avec l’enfant dans le milieu sportif, culturel, associatif, l’intérêt de l’enfant doit l’emporter sur toutes autres considérations. La confiance, la coopération, l’échange, l’esprit de responsabilité doit régner. Chacun doit passer par-dessus ses préventions ou ses a priori pour remplir son devoir qui est de préparer l’enfant à devenir adulte.

« Obéissez-moi. » [NdT : Le traducteur est obligé de supposer qu’il y a ici une erreur de retranscription du texte originel. C’est la seule manière d’expliquer cette liste qui classe “le juge” et “le policier” comme “éducateurs.”]

Dot

Parents, vous êtes les premiers des éducateurs. Je sais combien ce rôle est difficile quand le chômage menace, quand la famille se recompose, quand le père ou la mère se retrouve tout seul pour élever ses enfants. Je sais combien la vie peut être lourde. Je veux vous dire que vous serez soutenus, que vous serez aidés à chaque fois que vous en aurez besoin pour éduquer vos enfants dès le plus jeune âge et que pour moi la politique familiale fait entièrement partie du projet éducatif.

« Pour les parents des classes populaires, j’ai quelques carottes.»

 

Dot

 

Je veux vous dire que le droit à la garde d’enfants et la maternelle seront pour moi, au cours des cinq années qui viennent, des priorités et que je suis décidé à faire en sorte que plus aucun enfant ne soit livré à lui-même une fois la classe terminée afin que vous puissiez achever votre journée de travail sans éprouver l’angoisse de savoir votre fils ou votre fille sans surveillance, sans encadrement.

« La maternelle qui est, comme tout le monde le sait, une institution qui prend en charge les enfants après les cours et non pas une classe durant la journée et pendant laquelle une institutrice enseigne à vos enfants, sera un droit pour tous. Comme elle l’est déjà, d’ailleurs. »

 

Dot
Désormais les devoirs seront faits à l’école, en études surveillées et pour les bons élèves issus des familles les plus modestes qui ne peuvent pas offrir à leurs enfants un cadre propice à l’étude, des internats d’excellence seront créés.

« Comme je l’ai dit durant ma campagne électorale, des professeurs sous-payés s’occuperont de vos enfants durant la soirée histoire de gagner de quoi vivre, au lieu de préparer leurs cours du lendemain. » [NdT : Le traducteur considèrerait cette mesure comme bonne si seulement elle permettait à des étudiants de payer leurs études au lieu de permettre à des enseignants de compléter leur salaire.]

Dot

Vous serez aidés dans votre tâche. Mais vous avez des devoirs vis-à-vis de vos enfants. Vous devez donner l’exemple. Mais vous avez la responsabilité de faire en sorte que votre enfant aille à l’école, de lui inculquer le respect des lois et de la politesse, de contrôler que les devoirs sont faits. Si vous les laissez manquer la classe, si vous les abandonnez à eux-mêmes, alors il est normal que la société vous demande des comptes, que votre responsabilité soit mise en jeu, que les aides qui vous sont accordées puissent être placées sous tutelle.

« Les enfants des classes populaires doivent aller en classe. Bien entendu, cela ne s’applique pas aux enfants des familles plus aisées. »

 

Dot

 

Professeurs, enseignants, vous aussi vous avez droit au respect, à l’estime. Votre rôle est capital. Vous avez souvent fait de longues études. Vous devez faire preuve d’intelligence, de patience, de psychologie, de compétence. Je sais à quel point le merveilleux métier d’enseigner est exigeant, à quel point il vous oblige à donner beaucoup de vous-même, à quel point aussi il est devenu difficile et parfois ingrat depuis que la violence est entrée dans l’école. J’ai bien conscience que votre statut social, votre pouvoir d’achat, se sont dégradés au fur et à mesure que votre tâche devenait plus lourde, vos conditions de travail plus éprouvantes. La Nation vous doit une reconnaissance plus grande, de meilleurs perspectives de carrière, un meilleur niveau de vie, de meilleurs conditions de travail.

« Les enseignants, que j’utilise comme boucs-émissaires tout au long de cette lettre, ont tout de même un rôle à jouer dans la Société telle que je la vois : »

 

Dot

Jadis l’instituteur, le professeur avaient une place reconnue dans la société parce que la République était fière de son école et de ceux auxquels elle en avait confié la charge. L’instituteur, le professeur était fier de son métier, fier de servir la République et une certaine idée de l’Homme et du progrès. Nous devons renouer avec cette fierté.

« instruments de pouvoir. » [NdT : Le texte originel s’approche en fait plus des paroles d’une célèbre chanson de Pink Floyd.]

Dot

Dans l’école de demain vous serez mieux rémunérés, mieux considérés et à rebours de l’égalitarisme qui a trop longtemps prévalu, vous gagnerez plus, vous progresserez plus rapidement si vous choisissez de travailler et de vous investir davantage.

« Je ne promets pas d’augmenter les professeurs débutants. Par contre, les enseignants vont être mis en concurrence. Les plus compétitifs, s’ils se tuent à la tâche et brillent plus que leurs collègues, pourront espérer un niveau de vie similaire à celui des gens qui ont fait moins d’études mais ont choisi d’aller travailler dans le privé. »

 

 

Dot

Vous pourrez choisir la pédagogie qui vous semblera la mieux adaptée à vos élèves parce que je crois qu’il faut faire confiance aux enseignants, à leur capacité de jugement, parce qu’ils sont les mieux placés pour décider de ce qui est bon pour leurs élèves. Les établissements dans lesquels vous enseignerez auront une plus grande autonomie dans le choix de leur projet, de leur organisation. L’évaluation sera partout la règle et les moyens seront répartis en fonction des résultats et des difficultés que rencontrent les élèves.

« Faites ce que vous voulez. Maintenant, sachez que les établissements aussi seront mis en concurrence. Nous assumons totalement que les collèges et lycées qui nous plaisent le plus auront le droit à plus d’argent. »

 

 

Dot

La reconversion de ceux d’entre vous qui après avoir longtemps enseigné éprouveront le besoin de changer de métier et faire valoir autrement leurs compétences, leur savoir, sera facilitée que ce soit à l’intérieur du secteur public ou à l’extérieur. A l’inverse, ceux qui après avoir acquis ailleurs une expérience souhaitent se tourner vers l’enseignement seront mieux accueillis qu’aujourd’hui. Dans l’éducation nationale, comme dans toute la fonction publique, le carcan des statuts doit s’ouvrir pour permettre que circulent les hommes, les idées, les compétences.

« Nous ne pouvons pas influencer la politique de recrutement du secteur privé. Par contre, si vous nous posez des problèmes, nous n’excluons pas non plus d’embaucher des gens qui n’auront une formation aussi poussée, qui n’auront pas prouvé leur compétence mais qui nous plaisent plus. »

 

Dot

Je souhaite faire de la revalorisation du métier d’enseignant l’une des priorités de mon quinquennat parce qu’elle est le corollaire de la rénovation de l’école et de la refondation de notre éducation. Mais vous devez, vous le professeur, l’enseignant, comme les parents, vous montrer exemplaire. Exemplaire par votre comportement, par votre tenue, par votre rigueur, par votre esprit de justice, par votre implication. Exemplaire aussi par votre capacité à faire prévaloir l’autorité du maître, par votre souci de récompenser le mérite et de sanctionner la faute.

« Vous avez bien compris ? J’attends de vous une coopération complète.»

 

Dot

Dans l’école que j’appelle de mes voeux où la priorité sera accordée à la qualité sur la quantité, où il y aura moins d’heures de cours, où les moyens seront mieux employés parce que l’autonomie permettra de les gérer davantage selon les besoins, les enseignants, les professeurs seront moins nombreux.

« Nous supprimerons des heures de cours et des postes d’enseignants. Mais ce n’est pas grave, avec la concurrence entre établissements et entre enseignants, par magie, tout ira mieux. »

 

Dot

Mais ce sera la conséquence de la réforme de l’école et non le but de celle-ci. Et, je m’y engage, les moyens qui seront ainsi dégagés seront réinvestis dans l’éducation et dans la revalorisation des carrières. Il s’agit d’être plus efficace, non de rationner. Et il s’agit d’être efficace non seulement pour atteindre un objectif économique, non seulement pour que demain notre économie dispose d’une main d’oeuvre bien formée, mais aussi, et peut être surtout, pour que nos enfants soient porteurs de valeurs de civilisation, pour qu’une certaine idée de la civilisation continue de vivre en eux.

« Nous remettrons l’argent où bon nous semble. Notre objectif est de faire en sorte que l’école soit un instrument de pouvoir efficace. »

 

Dot

Chacun d’entre vous, je le sais, mesure l’importance du défi que nous avons à relever. Chacun d’entre vous comprend que la révolution du savoir qui s’accomplit sous nos yeux ne nous laisse plus le temps pour repenser le sens même du mot éducation. Chacun d’entre vous est conscient que face à la dureté des rapports sociaux, à l’angoisse devant un avenir de plus en plus vécu comme une menace, le monde a besoin d’une nouvelle Renaissance, qui n’adviendra que grâce à l’éducation. A nous de reprendre le fil qui court depuis l’humanisme de la Renaissance jusqu’à l’école de Jules Ferry, en passant par le projet des Lumières.

Le temps de la refondation est venu. C’est à cette refondation que je vous invite. Nous la conduirons ensemble. Nous avons déjà trop tardé.

« Je récapitule les mots-clés : humanisme, Renaissance, Lumières, IIIe République et “Président, sauve la France”. »

 

Dot

Seul le prononcé fait foi.

« Grosses bises,

Nicolas »

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§ 7 Responses to Le président m’écrit

  • Papillon says:

    Ben là, soudain, je regrette encore moins d’avori quitté le navire EN ! o_O
    /me préparer les boules quiès pour entendre la réaction téléphonique de ses parents à la bulle présidentielle

  • Alyanie says:

    Hum… tu as du t’amuser à tout écrire ^^

    Tout cela me parait inquiétant… (je n’ai lu que ta traduction) Je n’ai pas assez de recul, pas assez du tout. Ce que tu dis est-il fiable ou faut-il le prendre avec des pincettes ?

  • yoric says:

    Le contenu de la lettre vient directement du site de l’Élysée. Tout ce que je peux garantir sur la traduction, c’est ma bonne foi. Il y a quelques effets d’humour mais c’est bien ainsi que j’ai compris le texte.

    P.S.:
    Je viens de suivre le lien vers ton blog. Félicitations pour la publication.

  • Alyanie says:

    merci beaucoup !

    Oui, les traits d’humour je les ai remarqués ! Quand même ! lol
    J’ai beaucoup aimé le “grosses bises” et “enseigner c’est avant tout enseigner”. Sur l’enseignement même, il n’y a pas grand changement… En réalité NS ne joue que sur les circonstances, qu’il veut faire passer comme une révolution, une nouvelle façon d’enseigner… Si j’ai bien compris.

  • yoric says:

    Oui, enfin, il enrobe surtout dans de grandes déclaration la liquidation du collège unique, la mise en concurrence des établissements pour les crédits et la mise en concurrence des enseignants pour les salaires. Ce n’est tout de même pas rien.

  • […] la recherche se multiplier. Bien entendu, l’enrobage est à chaque fois différent. Lorsque l’état abandonne sa mission d’enseignement dans les collèges, en xyloglotte, on dit “privilégier la qualité sur la quantité”. Lorsqu’il […]

  • […] xyloglotte à 4:46 par yoric C’est bête, il n’y a pas si longtemps, Nicolas m’écrivait une lettre. Aujourd’hui, il ne veut plus me parler. Je le vois bien faire, hein, il parle à des gens […]

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